Les manifestations au Kenya ce 18 mai 2026 contre la hausse des prix des carburants illustrent une réalité qui dépasse les frontières Est-africaines. Près de trois ans après le déclenchement de la guerre en Ukraine, l’Afrique continue de subir les effets de choc sur l’énergie, l’alimentation et les transports. Au Cameroun, les répercussions se font sentir dans le panier de la ménagère et sur le coût du transport, même si l’inflation montre des signes de ralentissement.

L’Afrique frappée par l’effet domino des prix de l’énergie

La guerre en Ukraine a reconfiguré le marché mondial des hydrocarbures. Le directeur général de l’Agence Internationale de l’énergie qualifiait encore en avril 2026 la situation de plus grosse crise de l’histoire, pointant du doigt l’envolée des prix du pétrole et du gaz et leur effet domino sur la pétrochimie, les engrais et l’inflation mondiale.

Pour l’Afrique, importatrice nette de produits raffinés et dépendante des intrants agricoles, la hausse du brut se traduit directement par une augmentation des coûts de transport, des denrées alimentaires et des engrais. Les analystes notent que même en cas d’accalmie, le retour à la normale prendra du temps : installations endommagées, confiance des investisseurs érodée, et risques persistants sur les routes maritimes comme le détroit d’Ormuz.

Les conséquences sont visibles dans la rue. Au Kenya, la hausse brutale des carburants a déclenché une grève nationale des transports et des marches forcées pour aller travailler. C’est le même mécanisme qui avait fait bondir l’inflation sur le continent en 2022-2023.

Une inflation qui recule mais reste au-dessus de la norme CEMAC

Au Cameroun, le choc inflationniste post-2022 a laissé des traces. Le taux d’inflation est passé de 7,4 % en 2023 à 4,5 % en 2024. Sur la période 2022-2024, l’inflation cumulée atteint 19,3 %, contre 17,5 % sur les neuf années précédentes. Les postes les plus touchés restent l’alimentation, +5,6 % en 2024, et le transport, +12,3 %, directement liés à la hausse des carburants. Les régions ne sont pas logées à la même enseigne : 3 % à Garoua contre 7 % à Maroua, du fait des coûts de transport et de la dépendance aux importations.

La tendance s’améliore en 2025. Selon la BEAC, l’inflation en Afrique centrale est repassée sous le seuil communautaire de 3 %, à 2,1 % en décembre 2025, contre 4,1 % un an plus tôt. La Banque centrale explique ce repli par le maintien de mesures anti-vie chère, la stabilisation des prix à la pompe au Gabon et en Guinée équatoriale, et la dissipation des effets des hausses de 2023-2024.

Le Cameroun pèse 52 % de la consommation totale de la CEMAC et continue de tirer l’inflation sous-régionale avec une contribution de 208,3 points fin 2025. La BEAC souligne que les effets de la crise russo-ukrainienne et des révisions à la hausse des prix des carburants se sont estompés, laissant place à des dynamiques inflationnistes d’avant-crise. 50ae

Entre vulnérabilité et ajustement

Le cas du Kenya montre que la stabilité reste fragile. Toute nouvelle flambée du brut, comme celle observée après la guerre contre l’Iran, se répercute immédiatement sur les transports et l’alimentation. Au Cameroun, la baisse de l’inflation donne un répit, mais le pouvoir d’achat des ménages reste sous pression, notamment en zones rurales et dans le Nord.

Le défi pour Yaoundé et ses partenaires de la CEMAC est double. Il s’agit de maintenir les filets de sécurité contre la vie chère tout en réduisant la dépendance aux importations énergétiques et alimentaires. Sans cela, la moindre secousse géopolitique risque de se traduire par des protestations similaires à celles de Nairobi.

By Suzanne Maah

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