Par Charles Junior Edimo Massouka, directeur des opérations.
Le Cameroun récompense ceux qui font preuve de patience, de préparation opérationnelle et de la discipline nécessaire pour nouer des relations au rythme dicté par le marché.
Au cours de nos sept premiers mois d’activité, Sunbeth Global Concepts a acquis une compréhension plus approfondie de ces réalités sur le terrain, tirant de précieuses leçons sur le rythme, les attentes et la dynamique des affaires sur ce marché.
Pour Sunbeth, une identité panafricaine est bien plus qu’un simple slogan de positionnement. La direction de l’entreprise a toujours insisté sur le fait qu’être une entreprise véritablement africaine signifie être présent sur les marchés qui définissent l’histoire commerciale du continent, dont le Cameroun fait partie.
Le cacao de ce pays figure parmi les plus recherchés du continent, non seulement en raison des volumes qu’il produit, mais aussi grâce aux qualités intrinsèques de la fève elle-même. Les caractéristiques qualitatives du cacao camerounais, notamment en termes de composition et de teneur en matières grasses, en font une origine vers laquelle les transformateurs et les broyeurs du monde entier se tournent de manière ciblée. Cette demande est structurelle, et non saisonnière, et elle a joué un rôle déterminant dans notre décision de nous implanter à Douala.
Un autre facteur clé a été l’ouverture du marché camerounais, ce qui le distingue nettement des autres grandes régions productrices de cacao du continent, où chaque exportateur négocie ses propres conditions avec les acheteurs internationaux et fixe le prix d’achat directement avec les fournisseurs locaux, les coopératives ou les agriculteurs. Cette liberté, bien qu’elle crée de réelles opportunités commerciales, nous a également aidés à comprendre que, lorsque les conditions du marché évoluent, il n’y a ni plancher ni refuge, et que nous devons donc être prêts à tout moment.
L’un des premiers tournants majeurs qui a façonné les perspectives de Sunbeth au Cameroun n’a pas été le fruit d’une initiative de l’entreprise. Il s’agissait d’une action collective du marché. Les taxes à l’exportation et les droits de douane se situaient à des niveaux qui rendaient difficile la fixation d’un prix compétitif pour le cacao camerounais à l’étranger. Les exportateurs locaux et étrangers se sont unis, ont adopté une position commune et ont fait valoir auprès du gouvernement que les taux en vigueur ne reflétaient pas les réalités du marché international. Le gouvernement a réagi en réduisant de moitié le taux des droits de douane.
Pour Sunbeth, le fait d’avoir été témoin et d’avoir participé à ce processus a constitué une première leçon sur le fonctionnement de ce marché : les acteurs qui s’engagent sérieusement et s’expriment d’une seule voix peuvent faire évoluer des situations qui, sans cela, pourraient sembler figées.
Les leçons les plus difficiles sont venues de l’intérieur. Mettre en place une chaîne d’approvisionnement où le nom de notre entreprise était connu, mais où notre expérience spécifique au secteur n’était pas encore établie, a exigé une patience qu’il est facile de sous-estimer.
Au cours des premiers mois, les décisions de paiement devaient parfois passer par d’autres bureaux avant de pouvoir être exécutées sur le terrain à Douala, ce qui obligeait les fournisseurs à attendre plus longtemps.
Au Cameroun, où la communauté commerciale est très soudée, les premières relations qui semblaient prometteuses ne se sont pas développées comme prévu, à mesure que la nouvelle de ces retards se répandait. La réputation de Sunbeth sur d’autres marchés a permis d’engager le dialogue, mais ce marché a clairement et sans ambiguïté montré que la confiance se gagne par la cohérence de ce que l’on fait ici, et non par ce pour quoi on est connu ailleurs.
Ce travail visant à gagner la confiance a été mené de manière délibérée et continue. L’entreprise opère désormais avec un réseau fiable de fournisseurs établis et renforce sa présence dans les principales régions productrices, dans le but d’assurer un approvisionnement plus direct là où le cacao est cultivé, plutôt que d’opérer uniquement depuis Douala. Au cours des derniers mois, la perception de Sunbeth sur le marché a évolué, et ce changement compte davantage que n’importe quel chiffre d’approvisionnement pris isolément, car la réputation, sur un marché étroitement interconnecté, se construit discrètement, puis s’affirme d’un seul coup.
<< Nous avons également dû apprendre à analyser le marché avec davantage de précision. Au début de notre processus d’approvisionnement, le prix du cacao a connu de fortes fluctuations quelques jours seulement après nos achats, et l’entreprise s’est retrouvée à plusieurs reprises dans l’obligation de vendre à un prix inférieur à celui qu’elle avait payé à l’origine >>.
L’expertise commerciale de l’entreprise a permis de gérer ce risque, mais cette expérience a mis en évidence une réalité incontestable : le négoce de matières premières sur un marché libéralisé comme celui du Cameroun exige une capacité d’anticipation, et non pas seulement de réaction. Comprendre l’évolution de la demande mondiale, identifier les événements externes susceptibles d’influencer les prix dans les mois à venir, et savoir quand agir de manière proactive ou quand rester en retrait constituent les fondements d’un jugement commercial avisé. Le développement de cette capacité d’anticipation figure parmi les priorités les plus évidentes qui se sont dégagées de cette période.
L’élection présidentielle de 2025 au Cameroun, ainsi que la période de tensions civiles qui a suivi l’annonce des résultats, ont nécessité la suspension des opérations pendant près de deux semaines. Cette interruption a rappelé que, sur un marché de frontière, les événements politiques et sociaux ne sont pas extérieurs à l’activité. Ils font partie intégrante de l’environnement, et en tenir compte fait partie intégrante de la prise en sérieux d’un marché.
Tout au long de ce processus, la volonté de construire quelque chose de durable s’est manifestée de manière constante. Toutes les autorisations administratives requises ont été obtenues avant le démarrage des activités. Un bureau permanent a été ouvert à Douala, une décision qui traduisait une volonté à long terme tout en répondant à des besoins opérationnels. Des visites sur le terrain ont été menées dans les régions productrices de Moungo, du Centre, de l’Est et du Sud afin de nouer des relations directes avec les communautés agricoles et d’évaluer comment Sunbeth peut mieux soutenir la productivité et l’accès aux normes de certification internationales, notamment les dispositifs de traçabilité de plus en plus exigés par les acheteurs européens. Le caractère bilingue du Cameroun a également été pris au sérieux, l’établissement de relations s’étendant aux régions productrices anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, qui nécessitent une présence réelle et non un simple accès logistique.
Le tableau qui se dégage est celui d’une entreprise qui a appris plus qu’elle ne l’avait prévu, s’est adaptée davantage qu’elle ne l’avait initialement prévu et a construit quelque chose de plus durable que ne le laissent supposer les résultats de cette première saison.
By Amos Muang Nsah