« Saveurs d’hier, solutions de demain : sauver nos traditions culinaires en voie de disparition ». C’est sous ce thème que s’est tenue, ce 14 octobre 2026, au Centre international de l’artisanat de Yaoundé (CIAY), la Journée du patrimoine culinaire en voie de disparition, avec pour menu principal, la dégustation de recettes ancestrales et échanges autour de la préservation des spécialités camerounaises.

Le Maïs de la solidarité au plat d’honneur

Autrefois préparé pour les enfants ayant perdu leurs parents, le Maïs était un plat de réconfort et de solidarité communautaire.
« Il est fait pour les enfants qui ont perdu leurs parents. Ce que nos parents faisaient », explique une gardienne de la tradition.
La recette repose sur des grains d’arachides pilées, transformées en une pâte onctueuse. Selon les préférences, elle peut être enrichie de crevettes, de poisson ou de viande.
« On peut y mettre des crevettes, on peut y mettre du poisson, on peut y mettre de la viande si on veut », précise-t-elle.
Aujourd’hui, le Maïs est également servi lors des cérémonies et pour honorer des invités de marque. Son évolution témoigne d’un changement d’usage, sans effacer sa signification originelle.

Le gâteau de manioc, une recette héritée des grand-mères

Le gâteau de manioc, aussi appelé pain de manioc, était également présenté lors de la dégustation. Sa préparation associe le manioc frais râpé, l’arachide rouge et une pincée de sel.
« J’ai fait le gâteau de manioc. Manioc râpé, manioc frais, on met l’arachide rouge et un peu de sel. J’ai appris ça de ma grand-mère », témoigne une productrice.
Le mélange est enveloppé dans des feuilles naturelles, puis cuit à l’étuvée. Les préférences varient selon les consommateurs : certains apprécient l’arachide, tandis que d’autres préfèrent une préparation sans cet ingrédient.
« Il y a d’autres qui aiment beaucoup avec l’arachide, d’autres qui n’aiment pas avec l’arachide », précise-t-elle.

Le gombo sauté à l’huile rouge, le goût naturel avant tout

Le gombo sauté à l’huile de palme rouge fait partie des préparations que certaines cuisinières souhaitent remettre au goût du jour.
« Peut-être j’ai apporté un mets qui est déjà rare pour nos enfants et nos petits-enfants », confie l’une d’elles.
Sa recette privilégie le gombo frais, l’huile rouge et le sel, sans bouillons industriels.
« Sans condiments, sans cube. C’est succulent, ça a sa saveur naturelle », affirme-t-elle.
Cette préparation mise sur la saveur du légume et son onctuosité naturelle, sans recourir à des assaisonnements élaborés.

Le MINTOUL alerte sur la disparition de certains mets

Présent à la manifestation, le représentant du ministère
du Tourisme et des Loisirs (MINTOUL) Paul Marcel Ndioro à Mamoun a souligné l’importance de la gastronomie dans l’attractivité touristique du Cameroun.
« La gastronomie est un élément important du tourisme », a-t-il déclaré, évoquant des études selon lesquelles un tiers des dépenses effectuées lors d’un déplacement dans une localité serait consacré à la gastronomie.
Il a toutefois alerté sur la disparition progressive de certaines spécialités, devenues moins connues du public.
« C’est un produit qui est menacé de disparition parce que certains de nos mets ne sont plus connus ou reconnus aujourd’hui », a-t-il averti.
Pour le représentant du ministère, la perte de ces recettes dépasse la seule dimension alimentaire : « Perdre certaines parties de notre gastronomie, c’est aussi perdre une partie de notre identité, de notre culture, de notre tradition. »
La valorisation de ces spécialités représente ainsi un enjeu culturel et touristique, en offrant aux visiteurs une occasion de découvrir les traditions culinaires camerounaises et les produits de ses terroirs.
Au CIAY, le Maï, le gâteau de manioc et le gombo sauté à l’huile rouge ont illustré la diversité de ce patrimoine. Leur mise en valeur contribue à préserver des savoir-faire anciens tout en faisant de la cuisine camerounaise un atout pour le tourisme national.

Adèle NGA

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