C’est dans un communiqué rendu public le 22 Septembre 2025 signé par le le Pr James Mouangue Kobila, President de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), à l’effet d’inviter une fois de plus les institutions publiques, acteurs politiques, acteurs de la société civile, leaders d’opinion, leaders religieux, autorités traditionnelles, éducateurs, professionnels de médias et à tous les citoyens, de faire preuve de responsabilité dans leur communication, ainsi que de s’unir pour faire échec aux discours de haine sous toutes ses formes, particulièrement à l’approche de l’échéance électorale majeure qu’est l’élection du président de la République.
Ayant constaté, avec consternation et émoi, le déferlement de torrents de haine et de boue à travers des contenus en ligne visant des complexes ethno-culturels précis notamment des propos hostiles et déshumanisants dirigés contre des personnes identifiées comme Bamiléké par d’autres s’identifiant comme Béti (et réciproquement), ainsi que ceux dirigés contre des personnes identifiées comme Bassa, par d’autres revendiquant leur appartenance au complexe ethno-culturel Bamiléké (et réciproquement), en cette veille de l’élection présidentielle du 12 octobre prochain, la Commission salue les efforts des pouvoirs publics et de leurs partenaires visant à lutter contre les discours de haine autant qu’à promouvoir la paix et le vivre-ensemble, spécialement à travers : le lancement officiel, le 9 septembre 2025 à Yaoundé par le ministre des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), d’une campagne de lutte contre les discours de haine dans le cadre du processus de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 sous le thème <<Non aux discours de haine et aux messages subliminaux>>, en partenariat avec l’Association pour la réhabilitation des réfugiés, des jeunes et des femmes; cette campagne, qui couvrira la période de septembre à décembre 2025, s’inscrit dans le prolongement de la campagne nationale sur la culture de la cybersécurité et l’usage responsable des réseaux sociaux mise en œuvre par le MINPOSTEL depuis le 8 février 2024.
La Commission recommande de manière pressante aux institutions publiques, acteurs politiques, acteurs de la société civile, leaders d’opinion, leaders religieux, autorités traditionnelles, éducateurs, professionnels de médias et à tous les citoyens de faire preuve de responsabilité dans leur communication, ainsi que de s’unir pour faire échec aux discours de haine sous toutes ses formes, particulièrement à l’approche de l’échéance électorale majeure qu’est l’élection du président de la République.
La Commission exhorte les autorités compétentes à veiller à l’application rigoureuse des lois réprimant les forces de haine en ouvrant systématiquement des enquêtes diligentes sur les contenus signalés qui constituent une incitation à la haine ou à la violence, afin que leurs auteurs soient identifiés et poursuivis pour qu’ils répondent de leurs actes devant la justice, dans le respect des garanties procédurales;
La Commission recommande fermement au ministère de la Communication, au ministère des Postes et Télécommunications ainsi qu’au ministère de l’Administration territoriale, de renforcer les cellules de suivi des haines civiles et de la désinformation en cette période électorale cruciale, en coordination avec la société civile, les médias et les autorités judiciaires; au ministère de la Communication, au ministère des Postes et Télécommunications ainsi qu’au ministère de l’Administration territoriale d’utiliser à fond, sans relâche et sans délai les prérogatives de l’État pour obtenir la suppression des comptes diffusant des contenus haineux dans les réseaux sociaux; aux plateformes (TikTok, Facebook, etc.) de renforcer la détection proactive des discours de haine ciblant des groupes ethniques ou linguistiques, d’améliorer les procédures de retrait et de transmettre les éléments d’enquête aux autorités compétentes lorsque la loi l’exige; aux organisations de la société civile, aux médias et aux leaders d’opinion de multiplier les campagnes de prévention, d’éducation civique ainsi que de promouvoir des narratifs de cohésion et de respect mutuel; aux citoyennes et citoyens de rejeter toute forme de haine, de promouvoir la tolérance et de signaler systématiquement les contenus haineux aux plateformes et aux autorités compétentes ainsi que de paralyser la viralisation de messages stigmatisants, en s’abstenant de propager les contenus haineux.
La Commission rappelle que la liberté d’expression, aussi précieuse soit-elle, ne saurait servir de prétexte à la diffusion de messages haineux, d’incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence autant qu’elle souligne que chacun a le devoir de s’exprimer avec respect, de débattre dans la dignité, de contribuer à un environnement courtois et que les auteurs de propos dépassant ce seuil doivent être recherchés, poursuivis, puis sanctionnés conformément au droit applicable;
La Commission exhorte les jeunes, qui constituent la majorité des utilisateurs des plateformes numériques à ensevelir la haine dans l’œuvre commune de réalisation du droit au développement et à devenir des artisans de paix, des relais de tolérance et des sentinelles contre les discours dangereux, en refusant de liker, de partager ou de propager les contenus haineux;
La Commission est convaincue que l’éducation aux Droits de l’homme ainsi que l’éducation aux médias sont les stratégies les plus efficaces pour prévenir et contrer la haine atroce, ses causes et ses manifestations, car en développant des connaissances qui permettent aux enfants, aux jeunes et à l’ensemble des populations d’identifier et de revendiquer les Droits de l’homme ainsi qu’à distinguer l’information de la désinformation, ceux-ci peuvent reconnaître leurs propres préjugés et ceux des autres, devenant ainsi des agents du changement susceptibles de contribuer très efficacement à la préservation de la coexistence pacifique entre toutes les communautés du Cameroun.
Enfin, à travers ses mécanismes de suivi, ses missions de sensibilisation et son plaidoyer constant, la Commission continuera à œuvrer en faveur d’un espace public empreint de respect, d’humanité et de responsabilité à travers la promotion, la protection des Droits de l’homme et la prévention de la torture dans tous les lieux de privation de liberté.
CDHC