À l’occasion de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, célébrée le 28 septembre 2026, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) plaide pour un meilleur accès des citoyens à une information fiable, accessible et disponible en temps utile. L’ institution appelle à l’aboutissement du cadre législatif général sur l’accès à l’information et à une plus grande proactivité des administrations dans la publication des informations d’intérêt public.
À l’heure où l’information circule à une vitesse sans précédent sur les plateformes numériques, la question de son accès, mais aussi de sa fiabilité, prend une importance particulière. Au Cameroun, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) saisit la Journée internationale de l’accès universel à l’information, célébrée ce 28 septembre 2026, pour remettre au centre du débat la nécessité de garantir aux citoyens un accès universel, équitable et effectif à l’information.
Pour cette 11e édition, placée sous le thème « Préserver l’intégrité de l’information à l’ère numérique : le rôle de l’accès à l’information face au désordre informationnel », la Commission estime que l’accès à une information officielle, fiable et disponible rapidement constitue l’un des moyens de limiter la désinformation, les rumeurs et les différentes formes de manipulation de l’information qui se développent dans l’environnement numérique.
Un enjeu africain porté depuis plus de deux décennies
Dans sa déclaration publiée à l’occasion de cette journée, la CDHC rappelle que la dynamique internationale en faveur de la reconnaissance du droit d’accès à l’information a connu une impulsion importante en Afrique.
La Commission situe notamment cette mobilisation à partir de 2002, lorsque la société civile africaine a commencé à plaider de manière plus structurée pour une reconnaissance officielle du droit à l’information.
Cette mobilisation a progressivement abouti à l’adoption, le 19 septembre 2011 au Cap, en Afrique du Sud, de la Déclaration de la Plateforme africaine sur l’accès à l’information (Déclaration APAI). Le texte avait été adopté dans le cadre de la Conférence panafricaine sur l’accès à l’information, ouverte deux jours auparavant.
Pour la CDHC, cette histoire rappelle que la question de l’accès à l’information ne constitue pas seulement une préoccupation liée aux technologies numériques. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur les droits fondamentaux, la transparence des institutions et la participation des citoyens à la vie publique.
L’accès à une information fiable face au désordre informationnel
La transformation de l’espace médiatique et numérique a profondément modifié la manière dont les citoyens recherchent, reçoivent et partagent l’information.
Dans cet environnement, la disponibilité d’informations officielles devient particulièrement importante. Lorsque les institutions publiques communiquent rapidement sur des questions d’intérêt général, elles peuvent contribuer à réduire les espaces laissés aux spéculations et aux rumeurs.
C’est précisément l’un des constats formulés par la CDHC. L’institution relève que les difficultés persistantes d’accès à l’information, combinées à la circulation croissante d’informations fausses ou manipulées en ligne, peuvent affecter la capacité des citoyens à disposer d’informations fiables et, par conséquent, à participer de manière éclairée à la vie publique.
La Commission établit ainsi un lien direct entre accès à l’information, qualité du débat public et participation citoyenne.
L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir si une information existe, mais aussi de déterminer si elle est accessible, compréhensible, disponible au moment opportun et publiée par une source officielle.
La CDHC préoccupée par les lenteurs de certaines administrations
Dans sa déclaration, la Commission fait également état d’une préoccupation précise : les « réticences ou les lenteurs persistantes » de plusieurs administrations à diffuser, sans demande préalable, des informations officielles d’intérêt public.
Cette situation, selon la CDHC, peut créer un « vide informationnel ». Or, dans l’environnement numérique, un vide de communication institutionnelle peut rapidement être occupé par des spéculations, des interprétations ou des rumeurs.
L’institution estime ainsi que la publication proactive des informations publiques constitue un élément important de la prévention du désordre informationnel.
Autrement dit, l’accès à l’information ne devrait pas reposer uniquement sur la capacité d’un citoyen à identifier l’administration compétente et à formuler une demande. Pour les informations présentant un intérêt public, leur publication spontanée par les institutions est également mise en avant.
Cette approche implique une évolution des pratiques administratives vers davantage de transparence et de disponibilité de l’information publique.
Deux recommandations liées au droit d’accès à l’information
La CDHC rappelle par ailleurs que la question de l’accès à l’information figure parmi les recommandations adressées au Cameroun dans le cadre de son passage au quatrième cycle de l’Examen périodique universel (EPU).
Selon la Commission, 220 recommandations ont été acceptées par l’État lors de l’adoption du rapport du passage du Cameroun au quatrième cycle de l’EPU, le 26 mars 2024.
Parmi ces recommandations, deux concernent spécifiquement le droit d’accès à l’information.
La CDHC indique que ces recommandations ont été ventilées par l’Institution nationale des droits de l’homme auprès des structures pertinentes de l’État, chacune dans le cadre de ses compétences.
Cette référence à l’EPU inscrit donc la question de l’accès à l’information dans le cadre plus large des engagements internationaux du Cameroun en matière de droits humains. La CDHC demande l’accélération du cadre législatif
L’une des principales recommandations formulées dans la déclaration concerne le ministère de la Communication.
La CDHC lui recommande de poursuivre la finalisation du cadre législatif général relatif à l’accès universel à l’information et de soumettre au Parlement le projet de loi y afférent.
Pour la Commission, ce futur cadre devrait notamment intégrer plusieurs garanties.
Il devrait d’abord consacrer la publication des informations d’intérêt public, y compris la diffusion d’informations officielles sans demande préalable.
Il devrait ensuite prévoir des procédures d’accès claires, afin que les citoyens sachent comment obtenir les informations auxquelles ils peuvent prétendre.
La CDHC insiste également sur la nécessité de prévoir des exceptions strictement encadrées, ainsi que des voies de recours effectives.
Ces différents éléments visent à donner une portée concrète au droit d’accès à l’information. L’objectif est de faire en sorte que l’accès aux informations publiques ne dépende pas uniquement de pratiques administratives variables, mais puisse s’appuyer sur un cadre juridique clairement défini.
Radios communautaires : rapprocher l’information des populations
La déclaration de la CDHC ne se limite toutefois pas aux aspects juridiques.
L’institution salue également les efforts engagés par les pouvoirs publics et leurs partenaires pour améliorer l’accès à l’information dans les territoires et auprès des populations insuffisamment desservies.
La Commission cite notamment la poursuite du Programme national d’extension des radios de proximité, mis en œuvre avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).
Selon la CDHC, ce programme prévoit le déploiement de 40 nouvelles radios communautaires à l’horizon 2030, en complément des 40 radios communautaires déjà créées et opérationnelles.
L’objectif affiché est d’améliorer l’accès à l’information dans les zones insuffisamment desservies.
La dimension linguistique est également mise en avant. Les radios communautaires doivent notamment permettre de toucher différentes populations à travers des émissions diffusées dans les langues maternelles.
Pour la CDHC, cette approche contribue à rapprocher l’information des populations et à prendre en compte les réalités locales dans la diffusion des contenus.
Les bibliothèques de la CDHC comme espaces d’accès à l’information
Dans sa déclaration, la Commission rappelle aussi l’existence de ses bibliothèques spécialisées en droits de l’homme et des peuples.
Implantées au siège de l’institution ainsi que dans ses antennes régionales, ces bibliothèques sont ouvertes au public, notamment aux chercheurs.
Elles permettent de consulter différents documents produits ou rassemblés par la Commission et ses partenaires.
Il s’agit notamment des rapports de la CDHC, des compendiums de ses déclarations et communiqués, des brochures du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, des textes législatifs nationaux ainsi que de nombreux ouvrages.
La Commission souligne également la présence d’une importante documentation consacrée à la prévention de la torture.
Cette infrastructure documentaire constitue, selon la déclaration, un autre moyen de favoriser l’accès du public à l’information dans le domaine des droits humains.
Le numérique, nouvel espace de démocratisation de l’information
La question de l’accès à l’information se pose désormais aussi en termes d’accessibilité numérique.
La CDHC salue à cet égard les actions menées par les administrations compétentes pour encadrer et développer l’espace numérique national.
Elle cite notamment le ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), présenté comme engagé dans la promotion de l’accessibilité numérique.
La Commission évoque à ce titre la 5e Semaine de l’innovation numérique organisée en 2026.
À l’issue de cette initiative, le projet InReach, destiné à rendre les contenus Internet et médias accessibles aux personnes sourdes et malentendantes, a reçu le Prix spécial du Président de la République le 31 juillet 2026 à Yaoundé.
Cette initiative est citée par la CDHC comme une illustration des efforts visant à rendre l’environnement numérique plus inclusif.
Car l’accès universel à l’information suppose aussi de prendre en compte les personnes qui peuvent rencontrer des obstacles spécifiques dans l’accès aux contenus numériques.
Entre progrès et défis persistants
À travers sa déclaration du 28 septembre 2026, la CDHC adopte ainsi une position à la fois positive sur les initiatives engagées et attentive aux difficultés qui subsistent.
La Commission reconnaît les efforts du Gouvernement et de ses partenaires dans plusieurs domaines : développement des radios communautaires, accessibilité numérique, initiatives en faveur de l’information des populations et mise à disposition de ressources documentaires.
Mais elle souligne simultanément la persistance de difficultés qui empêchent encore un accès pleinement universel, équitable et effectif à l’information.
Au cœur de ses préoccupations figure notamment la communication proactive des administrations.
Dans un contexte où les réseaux sociaux et les plateformes numériques accélèrent la circulation des contenus, la rapidité et la fiabilité de la communication institutionnelle deviennent des enjeux majeurs.
Pour la CDHC, une information officielle disponible rapidement peut contribuer à réduire l’espace occupé par les rumeurs et les informations manipulées.
Vers une culture de la transparence publique ?
Le message de la Commission dépasse finalement la seule célébration de la Journée internationale de l’accès universel à l’information.
Il pose la question de la relation entre les citoyens et les institutions publiques à l’ère numérique.
La mise en place d’un cadre législatif général, la publication proactive des informations d’intérêt public, la définition de procédures d’accès claires et l’existence de recours effectifs constituent les principaux axes mis en avant par la CDHC.
À cela s’ajoutent le développement des médias de proximité, l’utilisation des langues maternelles et l’amélioration de l’accessibilité des contenus numériques.
L’ensemble de ces mesures participe d’un même objectif : permettre au plus grand nombre d’accéder à une information fiable et utile.
Dans un environnement numérique marqué par l’abondance des contenus et la rapidité de leur diffusion, la question n’est donc plus uniquement celle de la quantité d’information disponible. Elle est aussi celle de sa fiabilité, de son accessibilité, de son origine et de la capacité des citoyens à l’obtenir auprès de sources institutionnelles.
Un appel à faire de l’accès à l’information une réalité effective
À travers cette déclaration, la Commission des droits de l’homme du Cameroun rappelle que l’accès à l’information constitue un enjeu directement lié à l’exercice des droits, à la participation à la vie publique et à la qualité de l’espace informationnel.
Son appel porte notamment sur l’accélération du processus législatif relatif à l’accès universel à l’information et sur l’amélioration des pratiques de publication des administrations.
Le défi consiste désormais à transformer les principes et engagements affichés en mécanismes concrets, accessibles aux citoyens et applicables dans les différentes administrations.
Alors que le numérique continue de modifier profondément les modes de production, de diffusion et de consommation de l’information, la Journée internationale de l’accès universel à l’information offre ainsi au Cameroun l’occasion de réexaminer les conditions dans lesquelles les citoyens peuvent accéder à l’information publique.
Pour la CDHC, préserver l’intégrité de l’information à l’ère numérique passe aussi par la disponibilité, la fiabilité et l’accessibilité de l’information officielle.
CDHC