La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) a salué, dans une déclaration rendue publique ce lundi, les actions engagées par les pouvoirs publics en matière de prévention des atrocités de masse, à l’occasion des commémorations du génocide des Tutsis au Rwanda (avril 1994).

Tout en rendant hommage aux victimes, la CDHC a souligné l’importance de la mémoire, de l’éducation à la paix et du renforcement des mécanismes d’alerte précoce comme garde-fous contre les discours de haine, la discrimination et les violences intercommunautaires. « Prévenir, c’est agir en amont : lutter contre l’impunité, promouvoir la justice, protéger les minorités et garantir la liberté d’expression dans un cadre responsable », rappelle la Commission, qui encourage l’État à poursuivre ses efforts en matière de sensibilisation, de formation des forces de défense et de sécurité, et de dialogue interculturel.

Le thème choisi par l’UNESCO étant: Se souvenir. S’unir. Se renouveler, la CDHC rappelle que la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda a pour objectif de mobiliser l’ensemble des acteurs internationaux autour d’une action concertée et coordonnée afin de prévenir le crime de génocide, menace majeure pour l’humanité. Elle vise également à promouvoir une politique de tolérance zéro face à toute intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique racial ou religieux. Elle souligne que la prévention des génocides implique également le renforcement de la protection contre la torture et les traitements cruels, inhumains, dégradants, ces actes étant intrinsèquement liés aux violences extrêmes observées lors de tels crimes et ce qui appelle une vigilance accrue de la part des États et des institutions internationales.

La Commission accueille favorablement les thématiques retenues pour l’édition 2026 de la Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, à savoir, d’une part, le thème retenu par l’Organisation des Nations Unies (ONU), Se souvenir. S’unir. Se renouveler et, d’autre part, celui promu par l’institution spécialisée des Nations Unies qu’est l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (sigle en anglais: UNESCO), qui met l’accent sur le Rôle de l’éducation, de la mémoire et du dialogue intergénérationnel, deux thèmes participant d’une dynamique convergente visant à faire vivre le devoir de mémoire, à promouvoir une culture de paix et à prévenir la récurrence des atrocités de masse.

La Commission salue les efforts constants et soutenus des pouvoirs publics et de leurs partenaires visant à intensifier la lutte contre les discours de haine, le dénigrement et le tribalisme, notamment à travers le message adressé à la Nation le 31 décembre 2025 par le Chef de l’État à l’occasion du discours de fin d’année, dans lequel il a <<< insisté sur la nécessité d’intensifier nos efforts collectifs, pour promouvoir le vivre ensemble et consolider l’unité nationale, face au repli identitaire et aux discours de haine qui inondent l’espace médiatique et menacent les fondements mêmes de notre cher et beau pays, le Cameroun », tout en appelant à << [u]ne reprise en main vigoureuse » des pouvoirs publics face à << l’impunité » en la matière.

La Commission salue les initiatives visant à prévenir ou à lutter contre les discours de haine sur les réseaux sociaux, principalement celles portées par les organisations de la société civile (OSC), à l’instar du lancement, le 18 février 2026 à Bafoussam, par l’association Youth for Peace Cameroon, d’une campagne numérique intitulée << Stop Hate Speech 237 », pour sensibiliser les jeunes à la responsabilité en ligne et à promouvoir des discours inclusifs.

La Commission salue le voyage apostolique de Sa Sainteté le Pape Léon XIV au Cameroun à l’invitation de Son Excellence Monsieur Paul BIYA, président de la République et éternel «mendiant de la paix», programmé du 15 au 18 avril 2026; un voyage hautement symbolique et porteur d’espérance, qui sera ponctué d’une Rencontre pour la paix avec la communauté de Bamenda le 16 avril 2026 dans la Cathédrale Saint-Joseph de Bamenda; cette initiative empreinte de spiritualité et de dialogue, témoigne de l’engagement constant en faveur de la réconciliation, de la cohésion sociale et de la promotion d’une paix durable dans les Régions en proie à l’insécurité.

La Commission demeure préoccupée par la persistance des conflits intercommunautaires, notamment illustrée par l’incendie et la destruction de maisons d’habitation survenus le 13 février 2026 dans le village Mbat, Département du Donga-Mantung, Région du Nord-Ouest, imputés à des milices issues de communautés d’éleveurs Mbororo. Ces violences s’inscrivent dans un contexte de tensions récurrentes entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades, nourries par des litiges liés aux incursions de bétail dans les plantations qui entraînent des dommages matériels significatifs aux exploitations agricoles.

La Commission relève avec préoccupations l’insuffisante intégration de l’éducation à la paix, à la tolérance et au vivre-ensemble harmonieux dans les programmes scolaires, ainsi que la persistance de stéréotypes et de préjugés en milieu éducatif, des facteurs susceptibles de fragiliser durablement la cohésion sociale et de favoriser la recrudescence de discours de haine à caractère tribaliste.

La Commission relève que sur les 220 recommandations acceptées par l’État lors de l’adoption du Rapport du passage du Cameroun au 4 cycle de l’Examen périodique universel (EPU) le 26 mars 2024, sept sont relatives à la préservation de la paix et à la prise de mesures contre les auteurs de violences; elles sont reproduites dans la Déclaration de la CDHC de ce jour, après avoir été ventilées par l’Institution nationale des Droits de l’homme du pays aux structures pertinentes de l’État, aux institutions spécialisées ainsi qu’aux organisations de la société civile (OSC), chacune en ce qui la concerne.

La Commission réitère ses recommandations formulées dans sa Déclaration du 7 avril 2025 à l’occasion de la précédente édition de la Fournée internationale de réflexion sur le génocide des Tustsis au Rwanda en 1994, appelant les parents à contribuer activement *… à la prévention de la discrimination ethno-tribale, autant que des discours de haine, principalement : en dissuadant leurs enfants, dès leur plus jeune âge, de recourir aux injures, propos et autres discours haineux, tout en les éduquant sur leurs conséquences, en s’y opposant et en les réprimant ouvertement et systématiquement, puis en inculquant à leur progéniture les notions de diversité, d’inclusion, de solidarité, de respect mutuel, d’amour, d’inter culturalité, de partage, d’égalité des Droits, de pardon et d’acceptation de l’autre.

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