Éditorial du Samedi 26 septembre 2026 signé par leCapitaine de Vaisseau Cyrille Atonfack Guemo Chef de la Division de la Communication au Ministère de La Défense
À sa création officielle le 24 octobre 1945, l’Organisation des Nations Unies s’était donné pour objectif ultime d’éloigner à jamais le spectre de la guerre dans le monde. Pour ce faire, quelques leviers devaient être actionnés, notamment le maintien de la paix et de la sécurité internationales à travers la prévention des conflits et le règlement des différends par des moyens pacifiques, le développement des relations amicales entre les nations par la promotion de l’égalité entre les peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, la résolution des problèmes mondiaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, sans oublier le respect des droits de l’homme.
L’adhésion de la quasi-totalité des États de la planète à cette noble ambition conférait à l’ONU une autorité morale indéniable, à l’image de l’arbre à palabres de nos sociétés africaines. Dans ce prestigieux cadre tribunitien, des constats pouvaient être honnêtement posés, les griefs vigoureusement exprimés et les problèmes âprement débattus. Le tout dans un esprit de conciliation. Les résolutions et mesures issues des concertations à l’ONU étaient ainsi revêtues de l’autorité du consensus. Tant bien que mal, et plutôt bien que mal, l’Organisation des Nations Unies parvenait à modérer les ardeurs tempétueuses de ses membres, fussent-ils les plus puissants, ce qui faisait de cette institution la puissance de recours par excellence, le juge de paix.
La situation a perduré jusqu’à la disparition du Pacte de Varsovie, dont on a cru, un peu hâtivement peut-être, l’effondrement propice à un multilatéralisme plus égalitaire, les lignes d’influence Est et Ouest ayant jusqu’alors fait office de camisole de force empêchant toute velléité de démarcation. Car en lieu et place de l’ère de paix tant espérée, le monde est entré dans une zone de turbulences dont on peine à sortir, tant les crises et les conflits se multiplient et se propagent, à mesure que s’élèvent des revendications, à mesure que s’affirment des prétentions, à mesure que s’échafaudent des collusions.
Hier cénacle des discours policés, aujourd’hui caisse de résonance des jactances et des outrecuidances à la merci de l’humeur des puissances, l’ouvrière de paix perd progressivement de sa superbe, au bénéfice des ambitions hégémoniques ouvertement bellicistes. Des agressions sont ainsi publiquement annoncées, des guerres prévues pour un futur proche, tout étant tributaire de l’état d’avancement des technologies et du volume des stocks d’armements. Les Assemblées générales et autres sessions attestent malheureusement du délitement du pouvoir de persuasion universellement reconnu à l’auguste instance.
Cela étant, bien malin quiconque s’aventurerait à définir avec certitude l’état d’un monde plongé dans l’incertitude. Notre monde dans lequel le sibyllin a supplanté la clarté. Notre monde dans lequel l’injonction comminatoire piétine à l’envi l’apaisement et les souverainetés. Notre monde dans lequel les légitimités sont ignorées, ciblées de sanctions, mises à l’index et combattues, cependant que l’interlope criminel a droit à tous les égards. Chaque jour qui passe, les armes de la paix cèdent du terrain aux armes de la mort. Les foyers du fléau terroriste, pour ne parler que de lui, sont sciemment implantés dans certaines régions du monde, comme autant d’abcès de fixation destinés à épuiser les forces physiques et morales des plus récalcitrants à la nouvelle féodalité.
Avouons-le. L’incertitude du lendemain, couramment appelée ambiguïté stratégique, n’est pas pour exacerber les volontés d’affirmation des États matériellement moins nantis, des contrats aux clauses arbitraires leur étant imposés par des partenaires se prévalant de la supériorité militaire, économique, scientifique, technologique et de la prédominance judiciaire, tout cet assortiment mis au service d’insatiables appétits. La messe est ainsi dite, pourrait-on penser.
Sauf qu’aucun des domaines sur lesquels se fonde la suprématie d’autres nations ne nous est inaccessible. Il nous revient, à nous les pays dits en voie de développement, de tirer le meilleur de ce monde toujours un peu plus mondialisé, pour devenir à notre tour des voix qui comptent dans l’hémicycle des Nations Unies. Le travail, l’endurance et la détermination ne sont pas des produits d’importation susceptibles de raréfaction ou de renchérissement. Le travail, l’endurance et la détermination sont les constituants de notre patrimoine génomique.
À nous de mettre ce patrimoine en valeur. Ainsi, nos aspirations au développement dans la paix seront prises en compte dans ce monde qui s’apparente chaque jour un peu plus à un panier de crabes.
Sachons rester vigilants,
Sachons demeurer patriotes,
Sachons aimer et défendre notre terre patrie.
Suzanne Maah