À l’occasion de la 140e Journée internationale du Travail, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) hausse le ton. Dans une déclaration rendue publique ce 1er mai, elle érige le dialogue social et le travail décent en « facteurs de paix, de cohésion nationale et de développement économique de l’entreprise ». Le texte salue des progrès, dénonce des dérives persistantes et fixe une feuille de route claire pour l’État, les employeurs et les syndicats.
Un thème qui colle aux standards de l’OIT
La CDHC accueille favorablement le thème choisi par le Ministère du Travail et de la Sécurité sociale (MINTSS) pour 2026. Pour la Commission, il s’inscrit dans les orientations de l’Organisation internationale du Travail (OIT) : le travail décent est une « condition essentielle de justice sociale, de stabilité institutionnelle et de croissance inclusive ».
Cette déclaration s’appuie sur la jurisprudence africaine. Elle cite la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples dans l’affaire _Ogiek c. Kenya_ du 26 mai 2017, la Cour rappelle que « le droit au développement […] implique que les peuples ne doivent pas être privés de leurs moyens de subsistance ». Dans l’affaire Norbert Zongo c. Burkina Faso_ de 2014, elle insiste sur l’obligation de l’État de garantir l’accès à la justice des travailleurs.
Santé : le plan d’urgence du Gouvernement salué
Face aux coupes dans les programmes de santé financés par les États-Unis, la CDHC note avec satisfaction la réponse du Gouvernement. Pour ce faire, quatre mesures sont mises en avant notamment La restructuration du système de santé communautaire pour réduire la dépendance aux fonds extérieurs ; Le redéploiement ciblé de personnels de santé pour compenser la baisse du nombre d’agents de santé communautaires ; Le protocole signé le 16 décembre 2025 avec Washington : 400 millions de dollars sur cinq ans, soit 240 milliards FCFA. En parallèle, le Cameroun s’engage à augmenter ses dépenses de santé de 450 millions de dollars, soit 270 milliards FCFA ; La contractualisation de 9 944 personnels de santé sur cinq ans pour renforcer la résilience du système.
SMIG à 60 000 FCFA : la ligne rouge
La CDHC se dit vivement préoccupée par le non-respect du Décret n°2023/00338/PM du 21 mars 2023 fixant le SMIG à 60 000 FCFA, surtout dans le secteur privé. Pour la Commission, violer le SMIG n’est pas qu’une question salariale. C’est une atteinte au droit à un niveau de vie suffisant, à l’éducation des enfants, aux soins de santé et à la sécurité sociale.
Corruption et précarité : les deux freins majeurs
La corruption est qualifiée de frein systémique à la réalisation du travail décent. La CDHC pointe les prélèvements illicites sur salaires, le monnayage des recrutements et la falsification des registres de sécurité sociale. Même alerte sur la précarisation. « Toute atteinte au droit des travailleurs à une rémunération suffisante et régulière compromet la stabilité sociale et fragilise la cohésion nationale », martèle la Commission. Le dialogue social est présenté comme le mécanisme préventif par excellence pour absorber les chocs liés à l’inflation .
EPU 2024 : 7 recommandations pour les travailleurs
Sur les 220 recommandations acceptées par le Cameroun lors du 4e cycle de l’Examen Périodique Universel le 26 mars 2024, sept concernent directement les droits des travailleurs. La CDHC indique les avoir transmises aux administrations, aux partenaires techniques et au Fonds national de l’emploi.
La feuille de route de la CDHC
La CDHC recommande au Gouvernement d’mposer aux entreprises le respect des Droits de l’homme, la diligence raisonnable, des mécanismes de recours accessibles, l’interdiction du travail des enfants et la promotion de la RSE.
Au MINTSS et aux syndicats, la CDHC recommande de mieux encadrer les contrats temporaires et l’externalisation pour que « la précarité ne devienne pas la norme ». Encourager le passage en CDI.
Aux employeurs publics et privés, la CDHC recommande d’institutionnaliser un dialogue social permanent. Garantir un cadre de travail sans harcèlement ni discrimination. Réparer toute violation des Droits de l’homme.
Aux syndicats de Former les travailleurs sur leurs droits et obligations pour peser dans les négociations collectives.
Pour la CDHC, le message est clair : sans SMIG respecté, sans dialogue social réel et sans lutte contre la corruption, il n’y aura ni paix sociale, ni croissance durable. Le travail décent n’est pas un slogan du 1er mai. C’est la condition de la cohésion nationale.
Suzanne Maah