Face à la montée des besoins énergétiques des grands projets industriels et miniers, le Gouvernement camerounais a engagé une stratégie visant à tripler la capacité de production de la centrale à gaz de Kribi pour la porter à au moins 620 MW. Présentée par le Ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, lors de sa mission des 19 et 20 août 2026 dans la Région du Sud, cette orientation participe d’une réponse plus large : accroître l’offre, diversifier les sources et sécuriser l’électricité nécessaire à l’industrialisation.
À Kribi comme à Grand-Zambi, le constat est le même : la demande industrielle en électricité augmente et les nouvelles capacités doivent suivre.
Le 19 août, au Complexe industrialo-portuaire de Kribi, Gaston Eloundou Essomba a évalué les infrastructures destinées à renforcer et sécuriser l’alimentation électrique d’un pôle appelé à accueillir davantage d’industries. Le lendemain, à Grand-Zambi, la problématique s’est posée à travers les besoins énergétiques des projets miniers de G-Stones.
Pour le Gouvernement, l’enjeu dépasse la simple disponibilité de l’électricité. L’énergie doit être fournie en quantité suffisante, avec la qualité et la continuité nécessaires, mais aussi à un coût permettant aux industries camerounaises de rester compétitives.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet de triplement de la capacité de production de la centrale à gaz de Kribi, avec un objectif d’au moins 620 MW installés.
620 MW pour accompagner la demande industrielle
Cette stratégie gouvernementale répond à une réalité observée sur le terrain : la croissance rapide des besoins en électricité du Complexe industrialo-portuaire de Kribi et des grands projets miniers.
À Kribi, le dispositif repose déjà sur le poste 225/30 kV du Port Autonome de Kribi, doté d’une capacité totale de transformation de 120 MVA, et sur la ligne 225 kV KPDC–PAK à double circuit. L’objectif est de diversifier les possibilités d’alimentation et de réduire la dépendance à une seule source.Mais les besoins vont bien au-delà de la zone portuaire.
À Grand-Zambi, les projets miniers présentés au Ministre requièrent au total 200 MW : 100 MW pour Fifinda, 50 MW pour Boron et 50 MW pour Grand-Zambi. G-Stones ambitionne notamment de dépasser la simple extraction du minerai de fer pour développer davantage sa transformation locale.
Selon les indications données au cours de la visite, 1 600 emplois directs sont annoncés, avec des projections de 3 000, puis 5 000 emplois directs.
L’énergie devient ainsi l’une des conditions de réalisation de ces ambitions : sans capacités supplémentaires et sans maîtrise des coûts d’électricité, les unités de transformation risquent de perdre en compétitivité.
Production, autoproduction et sécurité du réseau
Le projet de porter la centrale à gaz de Kribi à au moins 620 MW constitue ainsi l’un des piliers de la stratégie gouvernementale de renforcement de l’offre électrique.
Cette stratégie ne repose toutefois pas sur la seule production publique. Le Gouvernement entend également encourager les grands industriels capables de le faire à développer l’autoproduction d’électricité.
À Grand-Zambi, cette option a été clairement examinée. G-Stones pourrait notamment développer une capacité hydroélectrique propre afin de satisfaire une partie de ses besoins.
Mais le modèle privilégié n’est pas celui d’unités industrielles énergétiquement isolées. Les capacités d’autoproduction devraient être intégrées au réseau interconnecté : lorsque la production propre devient insuffisante, le réseau peut apporter un complément ; lorsque l’industriel produit un excédent, celui-ci peut à son tour être valorisé sur le réseau.
Cette approche répond notamment aux risques hydrologiques. En période d’étiage sévère, la production des centrales hydroélectriques peut diminuer fortement. Gaston Eloundou Essomba a cité Memve’ele, d’une capacité installée de 211 MW, mais dont la production peut, certains jours, tomber sous 35 MW.
Le gaz doit ainsi contribuer à compléter l’hydroélectricité et à renforcer la sécurité N+1 du système : disposer d’une source alternative lorsqu’une autre rencontre des difficultés.
La stratégie gouvernementale qui se dessine associe donc plusieurs leviers : augmentation de la production nationale, renforcement du réseau de transport, diversification des sources et participation accrue du secteur privé à l’autoproduction.
Le passage de la centrale à gaz de Kribi à au moins 620 MW constituerait, dans cette architecture, une capacité importante pour accompagner la croissance des besoins industriels et réduire la vulnérabilité du système aux variations de la production hydroélectrique.
Reste désormais à concrétiser cette ambition, notamment à travers les investissements, les financements et le calendrier de réalisation nécessaires. C’est à cette étape que pourra être mesurée la capacité de la stratégie annoncée à répondre effectivement à la croissance de la demande.
À Kribi comme à Grand-Zambi, l’équation apparaît désormais clairement : l’industrialisation du Cameroun suppose de faire progresser simultanément les investissements industriels et les capacités énergétiques qui doivent les alimenter.
Urbain Claude Nlate