À la tribune de la 47e session ordinaire du Comité africain d’experts sur les Droits et le bien-être de l’enfant (CoAEDBEe) qui se tient du 17 au 25 avril 2026 à Maseru au Royaume du Lesotho, la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) représenté par son Président, Pr James Mouangue Kobila a dressé un état des lieux sans concession de la situation des enfants. Entre avancées saluées et défis « consternants », l’institution appelle les États africains à intensifier la protection de l’enfance.
Dès l’ouverture des travaux, le président de la CDHC a salué le rôle « normatif, consultatif et quasi juridictionnel » du Comité, levier clé pour améliorer les politiques publiques sur le continent. Pour cette session, la CDHC dit porter une attention particulière aux débats sur l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, la protection des enfants en conflit armé, les pratiques culturelles néfastes, les droits des enfants handicapés et la lutte contre le terrorisme.
Bilan intersession : actions de l’État et de la CDHC
Sur la période décembre 2025 – avril 2026, la Commission reconnaît les efforts des pouvoirs publics. Elle cite l’évaluation du Plan d’action national 2018-2025 contre les pires formes de travail des enfants, menée dans les 10 régions du 24 novembre au 11 décembre 2025, et la 2e session du Comité de pilotage de la ligne 116 tenue le 24 décembre 2025 à Yaoundé.
La CDHC a par la suite détaillé ses propres actions. Quatre déclarations accompagnées de 80 visuels bilingues ont été diffusées lors Des journées internationales clés : Droits de l’homme le 10 décembre 2025, braille le 4 janvier 2026, éducation le 24 janvier et droits des femmes le 8 mars. Ses antennes ont sillonné le terrain. Dans le Littoral, une campagne a ciblé les jeunes filles de Douala le 9 mars contre l’exploitation et les violences. À l’Est, du 2 au 9 février, les élèves ont été sensibilisés aux droits et devoirs de l’enfant. Dans le Sud, du 4 au 6 février, six lycées de la Mvila ont accueilli une campagne sur les droits des personnes handicapées. Au Centre, du 3 au 5 décembre 2025, plus d’un millier d’élèves d’Eséka ont été formés aux risques des drogues en milieu scolaire.
68 violations traitées, des affaires qui choquent !
Au titre de son mandat de protection des Droits de l’enfant, la CDHC indique avoir traité 68 cas de violation des droits de l’enfant, avec saisine des autorités compétentes. Elle revient sur deux affaires emblématiques. D’abord le meurtre du petit Mathys OUANDJI BEAO, âgé de 6 ans, tué le 9 mai 2025. Le 18 mars 2026, le Tribunal de grande instance du Mfoundi a condamné Dagobert Nwafo à la peine de mort par fusillade, 500 millions FCFA de dommages et intérêts, 25 millions de dépens et 5 ans de contrainte par corps. La CDHC, opposée à la peine capitale, rappelle que le Cameroun est abolitionniste de fait depuis 30 ans, mais note que « la clameur publique réclame l’exécution immédiate ».
Ensuite, l’attaque terroriste du 21 janvier 2026 à Gidado, Nord-Ouest, qui a fait 14 morts dont 7 enfants. La CDHC a salué la prise en charge gouvernementale et exigé des enquêtes rapides. Elle cite aussi le décès de Divine Mbarga, 11 ans, le 19 mars 2026 après des abus sexuels présumés. Le procureur a été saisi le 30 mars.
Coopération renforcée pour des défis majeurs
Sur le plan institutionnel, la CDHC met en avant sa séance de travail du 10 avril 2026 avec le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille pour lutter contre les violences, et la signature le 19 mars d’un mémorandum avec le ministère de la Jeunesse. À l’international, elle a participé les 9 et 10 mars à Genève au débat annuel du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU sur les violences faites aux enfants.
La CDHC se dit « consternée » par la recrudescence des violences. Six infanticides ont été enregistrés depuis janvier 2026 par le ministère compétent. L’usage non réglementé de l’IA, des réseaux sociaux et des gadgets par les enfants inquiète aussi l’institution. Enfin, les inégalités d’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène persistent entre villes et campagnes.
Appel à l’action et leadership continental
Face à cela, la CDHC demande au Comité d’exhorter les États à amplifier la lutte contre les violences sexuelles, les infanticides et les risques numériques, et à garantir l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, surtout en zone rurale.
L’institution rappelle son poids continental : Pr James Mouangue Kobila dirige la Présidence du RINADH depuis le 4 février 2026 et la CDHC a intégré le Groupe de travail du réseau sur les droits de l’enfant. Pour elle, la XVe Conférence biennale du RINADH tenue à Yaoundé les 5 et 6 février a renforcé les synergies avec le Comité. « Notre engagement est pionnier, total et perpétuel », a conclu le Pr James Mouangue Kobila qui se dit prêt à diffuser la jurisprudence du Comité et à suivre ses recommandations.
Suzanne Maah