Les 20 et 21 août 2026, l’Autorité Portuaire Nationale (APN) a franchi une étape décisive vers la modernisation de l’administration camerounaise. Au cœur de la manœuvre, un séminaire technique sur la cartographie des risques, un outil qui s’impose désormais comme le standard de la bonne gouvernance.
C’est par un geste simple mais hautement symbolique que les travaux se sont ouverts. Madame le Conseiller Technique N°2, représentant le Directeur Général, a donné le coup d’envoi d’un atelier de deux jours organisé par la Division de l’Audit Interne et de la Qualité. L’objectif était d’apprendre à l’APN à se regarder dans le miroir, à identifier ses propres failles avant qu’elles ne coûtent cher à l’État.
Longtemps réservée aux multinationales et aux banques, la cartographie des risques s’invite enfin dans l’administration publique camerounaise. Et pour cause, elle répond à une question simple : où l’APN peut-elle perdre de l’argent, du temps ou sa crédibilité ? Pendant 48 heures, les cadres administratifs, financiers et comptables ont planché sur trois familles de risques :

– Les risques administratifs : Lourdeur des procédures, conflits de compétences, retard dans le traitement des dossiers des armateurs et des opérateurs portuaires. C’est souvent là que naît le sentiment d’inefficacité.
– Les risques financiers : Mauvaise exécution budgétaire, surfacturation, détournements potentiels, non-recouvrement des redevances portuaires. Chaque franc non maîtrisé est un manque à gagner pour le Trésor public.
– Les risques comptables : Erreurs d’écriture, non-respect du SYSCOHADA, états financiers non fiables. Sans comptabilité propre, aucune décision stratégique n’est possible.
L’exercice consiste à lister chaque risque, à noter sa probabilité (faible, moyenne, élevée) et son impact, puis à le placer sur une carte. Les risques “rouges” en haut à droite deviennent la priorité absolue du Directeur Général. Cette initiative de l’APN n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans la dynamique impulsée par le Président de la République et le Gouvernement pour l’assainissement de la gestion des entreprises et établissements publics.
Depuis 2023, le Contrôle Supérieur de l’État (CONSUPE) et l’Agence Nationale de Contrôle Financier exigent que chaque établissement public se dote d’un dispositif de contrôle interne efficace. L’APN, en tant que régulateur du secteur portuaire national, un secteur qui représente plus de 90% des échanges extérieurs du Cameroun et plus de 400 milliards de recettes douanières par an se doit d’être exemplaire.
“Renforcer le contrôle interne, ce n’est pas de la méfiance, c’est de la performance, c’est passer d’une culture de la sanction après la faute à une culture de la prévention” confié un participant.
De la théorie à la performance portuaire
Un dysfonctionnement administratif à l’APN peut retarder l’approbation d’un tarif, bloquer un projet d’aménagement ou freiner un investissement privé. Un risque financier mal géré peut priver l’APN des moyens pour financer sa mission de régulation et de développement.
En se dotant de cette cartographie, l’APN se donne trois leviers concrets d’efficacité :
– Sécuriser les ressources publiques : Chaque dépense sera désormais adossée à un risque identifié et à un contrôle.
– Accélérer la décision en sachant où sont les dangers, la Direction Générale peut déléguer plus sereinement et raccourcir les délais.
– Rassurer les partenaires : Banque Mondiale, investisseurs portuaires, armateurs internationaux tous exigent aujourd’hui des garanties de transparence. Une APN bien gouvernée, c’est un port plus attractif.
Les 20 et 21 août 2026 ne resteront donc pas comme un simple séminaire de formation. C’est le jour où l’APN a décidé de passer de l’administration de gestion à l’administration de performance. Une mutation que l’ensemble des établissements publics est appelé à suivre.
Suzanne Maah