Réunis le 30 octobre 2026 à l’Hôtel de Ville de Yaoundé, à l’occasion de l’Assemblée générale constitutive de GEO-CACAO, les acteurs de la filière cacao ont lancé une initiative visant à renforcer le pouvoir de négociation des producteurs, faciliter leur accès au financement et améliorer l’organisation de la commercialisation du cacao camerounais ici et ailleurs.
Un guichet unique pour renforcer la voix des producteurs
La filière cacao camerounaise entre dans une nouvelle dynamique d’organisation. À travers la mise en place du Guichet Unique des Producteurs, GEO-CACAO ambitionne de fédérer les producteurs autour d’une structure commune afin de mieux défendre leurs intérêts sur le marché national et international.
Pour les initiateurs du projet, l’enjeu est de permettre aux producteurs de participer davantage à la définition des prix et aux négociations commerciales. « Il n’est pas normal que le producteur reste l’enfant pauvre de sa propre ressource », a souligné Philémon NTYAM NTYAM, CEO GEO-CACAO, appelant les acteurs de la filière à unir leurs forces. L’organisation entend également étendre son réseau dans les principaux bassins de production grâce aux représentants présents à cette assemblée générale.

Faciliter l’accès au financement
Au-delà de la commercialisation, GEO-CACAO mise sur des mécanismes financiers destinés à soutenir les producteurs. Parmi les outils présentés figurent une caisse de stabilisation privée, un fonds de garantie et un dispositif de protection sociale.
Le fonds de garantie envisagé devrait faciliter l’accès au crédit bancaire, notamment pour les producteurs qui rencontrent des difficultés à mobiliser des garanties foncières pour financer l’extension ou la modernisation de leurs plantations.
La Banque du Cacao, partenaire présent à la rencontre, a réaffirmé son intérêt pour le secteur. Selon son représentant, Monsieur Joseph TCHATCHUM, Directeur de la Commercial Bank Cameroun (CBC) Nlongkak, plus de 600 milliards de FCFA de financements ont été accordés au secteur productif camerounais, dont 131 milliards de FCFA destinés à la filière cacao. « Nous sommes une banque qui accompagne ce secteur depuis de longues années, nous avons une expérience à vendre, à partager avec ces acteurs. Nous avons beaucoup apprécié la diversité de leurs équipes : ils sont venus du Sud, ils sont venus de l’Est, ils sont venus du Centre, ils sont venus de l’Ouest. Nous les avons rassurés que nous sommes souvent présents sur le terrain pour leur donner l’accompagnement qu’ils attendent. Vous ne pouvez pas imaginer, nous sommes à plus de six cents milliards de financement octroyé au secteur productif camerounais. Cent trente-et-un milliards ont été accordés au secteur du cacao. C’est vous dire l’importance que nous accordons à cette filière qui est fondamentale pour notre économie.»

Relancer les plantations et mobiliser les jeunes
Pour les héritiers de plantations familiales, cette initiative représente également une possibilité de redynamiser des exploitations parfois délaissées. Muriel Ekotto Mengata, DG Labothera à Evelessi dans le Dja et Lobo à Sangmelima, entrepreneure et héritière d’une plantation dans le Sud du Cameroun, a insisté sur la nécessité d’un accompagnement technique et humain. Elle souhaite notamment voir les jeunes revenir dans les plantations grâce à un meilleur encadrement et à des perspectives économiques plus encourageantes. Son témoignage met en lumière un enjeu majeur : assurer la continuité des exploitations familiales tout en faisant de la cacaoculture une activité attractive pour les nouvelles générations.

Mieux valoriser le cacao camerounais
Les promoteurs de GEO-CACAO estiment que l’amélioration de l’organisation des producteurs est essentielle pour mieux positionner le cacao camerounais sur les marchés internationaux. Ils souhaitent notamment renforcer la valorisation de ses caractéristiques propres et permettre aux producteurs de mieux faire face aux fluctuations des cours mondiaux. L’ambition affichée est de passer d’une filière où les producteurs négocient souvent de manière isolée à un système favorisant la concertation et la défense collective de leurs intérêts.
Un seul défi, transformer l’organisation en résultats concrets
Si la création du Guichet Unique des Producteurs suscite des attentes, sa réussite dépendra de sa capacité à structurer durablement les bassins de production, à concrétiser les partenariats financiers annoncés et à apporter un soutien effectif aux exploitants. À Yaoundé, le message lancé aux acteurs de la filière se veut fédérateur : « Travailleurs du monde rural, unissons-nous. »
Un appel à la solidarité qui résume l’ambition de GEO-CACAO : faire de l’organisation collective un levier de financement, de valorisation et de développement durable de la cacaoculture au Cameroun.
Suzanne Maah