Présentée le 29 octobre 2026 à Yaoundé, la convention stratégique entre la SONARA, Dangote Petroleum Refinery et MRS Holdings prévoit de couvrir environ la moitié des besoins du Cameroun en produits pétroliers pendant 30 mois.
À travers cet accord, l’entreprise publique entend réduire les coûts logistiques, améliorer le contrôle de la qualité des carburants et sécuriser davantage l’approvisionnement du marché national.
La Société nationale de raffinage (SONARA) entend réorganiser sa stratégie d’approvisionnement en produits pétroliers. L’entreprise publique a présenté une convention stratégique conclue avec Dangote Petroleum Refinery, au Nigeria, et MRS Holdings, chargé du volet logistique.
D’une durée de 30 mois, le dispositif devrait permettre de couvrir environ 50 % des besoins du Cameroun en produits pétroliers. Le principe repose sur une répartition des responsabilités entre les trois partenaires : Dangote assurera la fourniture des carburants, MRS prendra en charge leur acheminement et la SONARA réceptionnera les cargaisons dans ses installations de Limbé, avant leur intégration dans le circuit national d’approvisionnement.
Pour la SONARA, l’objectif est de rapprocher la source d’approvisionnement des installations nationales, de réduire le poids des intermédiaires et de mieux maîtriser les coûts de transport. La convention vise également à renforcer le contrôle sur la qualité des produits livrés et à limiter les risques susceptibles de perturber la disponibilité des carburants sur le marché camerounais.
La cérémonie de présentation a réuni le directeur général de la SONARA, El Hadj Bako Harouna, la présidente du conseil d’administration, des responsables du secteur pétrolier, des représentants d’institutions financières ainsi que des acteurs du transport, dont El Hadj Oumarou, coordonnateur général du Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT).
Un contrat présenté comme un levier de protection des intérêts publics
Face aux interrogations que suscite ce nouveau mécanisme, la direction de la SONARA défend une convention qu’elle présente comme un instrument de protection des intérêts de l’entreprise et de l’État.
« Je le répète, c’est un contrat stratégique, c’est un contrat qui sauvegarde les intérêts de la SONARA et de l’État », a déclaré El Hadj Bako Harouna.
Selon lui, l’accord repose sur un dispositif négocié et encadré, destiné à optimiser les coûts d’approvisionnement et à réduire les pertes financières susceptibles de peser sur l’entreprise publique et les finances de l’État.
« Il s’agit d’un contrat bien encadré, bien maturé. Ce contrat comporte d’énormes avantages tant pour la SONARA que pour la République du Cameroun », a-t-il ajouté.
Cette convention est l’aboutissement de plusieurs mois de négociations engagées dès janvier 2026 avec les partenaires nigérians. Une délégation camerounaise s’est également rendue à Lagos du 19 au 22 octobre dernier afin de finaliser les modalités du dispositif.
Au-delà de la conclusion d’un accord commercial, la SONARA cherche ainsi à établir un cadre d’approvisionnement dont les coûts, les délais de livraison et les caractéristiques des produits puissent être mieux maîtrisés.
Dangote fournit les carburants, MRS assure le transport
Sur le plan opérationnel, le montage repose sur une chaîne d’approvisionnement reliant directement la raffinerie Dangote de Lekki, au Nigeria, aux installations de la SONARA à Limbé, dans la région du Sud-Ouest.
Dangote sera chargé de fournir les produits pétroliers, tandis que MRS assurera leur transport et la gestion des opérations logistiques jusqu’au point de réception convenu.
La proximité géographique du Nigeria constitue l’un des principaux arguments avancés par la SONARA pour justifier ce choix. La réduction de la distance maritime devrait contribuer à diminuer les coûts de fret et à raccourcir les délais d’acheminement.
« Le Nigeria qui est juste ici à côté, donc un jour de navigation du bateau, optimise le taux de fret », explique la directrice des opérations de la SONARA.
L’achat direct auprès de la raffinerie constitue un autre avantage mis en avant par l’entreprise publique. « Les prix d’achat sont les prix de la raffinerie, donc il n’y a pas de prix d’intermédiation », souligne-t-elle.
MRS intervient, pour sa part, comme partenaire logistique chargé de sécuriser l’acheminement des cargaisons. Selon la directrice des opérations, les risques liés à cette chaîne sont pris en charge par le partenaire jusqu’à Limbé, notamment ceux concernant le transport, l’assurance, la qualité et les quantités livrées.
Ce schéma doit permettre à la SONARA de mieux encadrer les différentes étapes de l’approvisionnement, depuis l’achat des produits jusqu’à leur réception. Son efficacité dépendra toutefois des conditions contractuelles appliquées, du respect des délais et de la maîtrise effective des coûts sur l’ensemble de la chaîne.
La qualité des carburants au cœur du dispositif

La maîtrise de la qualité constitue l’un des autres axes majeurs de la convention. Pour la SONARA, il ne s’agit pas uniquement d’acheter des produits à un coût plus compétitif, mais aussi de renforcer les garanties entourant leur conformité aux exigences applicables.
La directrice des opérations révèle que l’entreprise a déjà été confrontée à des cargaisons jugées non conformes, au point de devoir en refuser une.
« Nous avons rejeté le navire à cause de la qualité du produit. Donc ce contrat déjà vient assainir l’environnement camerounais avec des produits de qualité », affirme-t-elle.
L’accord avec Dangote et MRS est ainsi présenté comme un moyen de mieux contrôler les produits livrés et de renforcer la traçabilité des opérations. Le recours à un fournisseur identifié, associé à un dispositif logistique organisé, pourrait faciliter le suivi des cargaisons et la vérification des quantités réceptionnées.
Pour autant, la qualité finale dépendra aussi de l’application effective des procédures de contrôle, des spécifications contractuelles et des vérifications réalisées à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement.
La raffinerie Dangote, implantée à Lekki, au Nigeria, représente un partenaire industriel de premier plan à l’échelle africaine. Sa capacité de production et sa proximité avec le Cameroun offrent des possibilités de diversification et de rapprochement des sources d’importation. L’enjeu sera de traduire ces avantages géographiques et industriels en gains mesurables pour le marché camerounais.
Les transporteurs appelés à privilégier l’intérêt national
La convention intervient également dans un environnement où les intérêts économiques des différents opérateurs doivent être conciliés avec les impératifs de sécurité énergétique du pays.
Pour El Hadj Oumarou, coordonnateur général du Bureau de gestion du fret terrestre, (BGFT), la sécurisation de l’approvisionnement national doit primer sur les intérêts particuliers.
« L’intérêt de l’État est l’intérêt le plus grand », martèle-t-il.
Le responsable estime que les acteurs de la chaîne pétrolière ont intérêt à accompagner les orientations publiques susceptibles d’améliorer la disponibilité et la qualité des produits sur le marché national.
« Nous avons tous besoin d’argent, dans chaque secteur où nous sommes, chacun a besoin d’émerger, de gagner plus, mais dès lors que l’État se présente et se positionne, à mon sens tous les opérateurs, quels qu’ils soient, devraient accompagner cette vision étatique », soutient-il.

Enjeu collectif du dispositif.
La réussite de la convention ne dépendra pas uniquement des relations entre la SONARA, Dangote et MRS. Elle devra également tenir compte des conditions de fonctionnement de l’ensemble de la chaîne de distribution, notamment du transport et de l’acheminement des produits vers les différents points de consommation.
Un tournant dans la stratégie d’approvisionnement du Cameroun
Depuis l’incendie de mai 2019, qui a interrompu les activités de raffinage de la SONARA, le Cameroun dépend fortement des importations pour couvrir ses besoins en produits pétroliers.
Cette dépendance représente un enjeu économique majeur.
En 2025, le pays a importé 2,02 millions de tonnes de produits pétroliers blancs, pour une facture estimée à 788,4 milliards de FCFA.
Dans ce contexte, le partenariat avec Dangote et MRS vise à réduire certaines contraintes de l’approvisionnement extérieur, notamment le coût du transport, la multiplication des intermédiaires et les difficultés de contrôle de la qualité.
Le dispositif pourrait également contribuer à diversifier les sources d’approvisionnement et à améliorer la prévisibilité des livraisons. Une telle évolution serait importante pour limiter les risques de rupture et mieux répondre à la demande nationale.
Il convient néanmoins de distinguer la couverture annoncée de 50 % des besoins du pays des économies qui seront effectivement réalisées. La part des besoins couverte par le contrat ne constitue pas, à elle seule, une garantie de baisse équivalente de la facture pétrolière. Les résultats dépendront notamment des prix d’achat, du fret, des assurances, des volumes réellement livrés et des conditions d’exécution de la convention.
Des économies annoncées aux résultats attendus
À cet effet, la SONARA engage une nouvelle étape de sa stratégie d’approvisionnement, fondée sur un rapprochement avec un partenaire industriel nigérian et sur une organisation logistique confiée à MRS Holdings.
Les objectifs affichés sont multiples : réduire les coûts d’acheminement, renforcer le contrôle de la qualité, améliorer la traçabilité des prix et sécuriser une part importante des besoins nationaux en carburants. L’accord s’inscrit également dans une dynamique de coopération économique entre pays africains, avec l’ambition de valoriser davantage les capacités industrielles et logistiques du continent.
Mais l’enjeu essentiel se situera dans l’exécution. Pour démontrer sa portée, le dispositif devra produire des résultats vérifiables : des économies réelles sur le fret et l’achat des produits, des livraisons régulières, des cargaisons conformes aux normes exigées et une meilleure maîtrise des coûts supportés par la SONARA et, indirectement, par l’économie nationale.
La question de la transparence sera tout aussi déterminante. La comparaison entre les coûts de l’ancien schéma d’approvisionnement et ceux du nouveau dispositif permettra d’établir si les avantages annoncés se traduisent effectivement par une réduction de la facture pétrolière.
À terme, cette convention pourrait constituer un levier important de sécurisation énergétique pour le Cameroun. Elle ne saurait toutefois remplacer, à elle seule, une réflexion de long terme sur la relance des capacités de raffinage nationales, la diversification des approvisionnements et la résilience du système énergétique.
Le véritable test de ce partenariat sera donc moins la signature de la convention que sa capacité à générer des économies mesurables, à garantir la qualité des carburants et à assurer durablement la disponibilité des produits sur le marché national. C’est à l’aune de ces résultats que la SONARA pourra démontrer que ce rapprochement avec Dangote et MRS sert effectivement les intérêts économiques du Cameroun et renforce sa sécurité énergétique.
Suzanne Maah