Dans quasi-totalité des projets de grande envergure au Cameroun, les populations souffrent le martyr du fait du non-respect de leurs droits fondamentaux. Les projets sensés améliorés leurs conditions de vie, au moment de leur implémentation,  produisent l’effet contraire, auprès des riverains qui voient toutes leurs commodités s’évanouir. En cause, le manque de mitigation d’impacts multiples des projets.

C’est en cela que le Centre pour l’Environnement et le Développement  (CED), a organisé un moment d’échanges entre leaders communautaires et hommes de médias, le 1er avril 2026 à Yaoundé afin d’aboutir à un changement de paradigme. 
Les populations riveraines aux grands projets qu’ils soient agricoles, miniers, énergétiques, entre autres rencontrent plusieurs problèmes qu’il est important de mettre au-devant de la scène, pour  que des réponses appropriées soient apportées.

Lors des travaux de groupe organisés de main de maître par le CED et mettant en scène les représentants des communautés ainsi que des hommes et femmes et médias, des révélations ont été faites, sur le calvaire vécu par les riverains aux grands  projets. Au rang desdits problèmes figurent, l’accaparement des terres des autochtones, l’expropriation anarchique, la destruction du milieu de vie des populations, la rupture des habitudes traditionnelles, à travers la destruction de leur environnement qui constituait leur grenier, l’aridité des sols, l’insécurité, les conflits communautaires, la pollution des écosystèmes, entre autres. Suffisant pour comprendre la situation inconfortable dans laquelle vivent les riverains aux grands projets.

Prenant la parole, Samuel Nguiffo, Secrétaire Général du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) a rappelé que cette rencontre a pour but de renforcer le dialogue entre communautés et médias afin de mieux comprendre les réalités vécues par les populations riveraines et encourager une meilleure prise en compte des droits environnementaux et sociaux par les pouvoirs publics. Il était question de mettre en avant la nécessité d’un développement équilibré sur des investissements et préservation des ressources naturelles. « On a échangé et on s’est dit que nos amis qui viennent du terrain, qui n’ont pas toujours l’habitude de rencontrer facilement les journalistes puissent avoir ce moment pour se confier aux hommes et femmes de médias sur leur quotidien. Ce qui permettra peut-être de produire des éléments audio-visuels et écrits, ou encore de nouer des contacts qui serviront plus tard. C’est pour nous un moment de mise en commun, avec en esprit que des choses intéressantes peuvent surgir ».

Les représentants des communautés de l’Océan, département où plusieurs projets sont implantés, à l’instar des plantations d’Hévéa, les immenses plantations des palmiers à huile de la Socapalm, le port autonome de Kribi, l’exploitation du fer de Grand-Zambi à Bipindi, ne se cachent pas pour dénoncer avec véhémence, ce mal être des riverains provoqué par l’installation de ces projets. «Tous les projets mis en œuvre ont un impact significatif sur l’écosystème et l’environnement. Le premier impact négatif est l’accaparement des terres où on trouve les droits des communautés piétinées. Vous savez que ces vastes terres concédées font perdre aux autochtones sans le vouloir, des moyens de subsistance. Le mode de cession des espaces est compliqué. Les chefs sont régulièrement associés aux commissions dites consultatives. Certains abus peuvent être imputés aux chefs de village qui ne maitrisent pas parfois les procédures », a regretté Martin Nguiema Ndongo, de Kribi. Abondant toujours dans le  même sens, Martin Nguiema Ndongo a relevé pour s’en offusquer, l’abandon des populations qui se voient disloquer et pour des peuples autochtones qui tendent à disparaître.

Aussi, évoquant le port de Kribi,  dont l’installation est en train de faire disparaître tout un village avec tout ce que cela comporte de symbolique pour ses ressortissants qui sont détachés de leur souche. Plus grave, même les indemnisations attribuées ne sont pas proportionnelles aux dégâts causés. Egalement, sur la lancinante question des indemnisations, les représentants des communautés se désolent de la lenteur de leurs attributions. «Le Minader à une grille, c’est-à-dire un carré d’arachide qu’on a piétiné, qui est tombée va coûter telle somme. Un citronnier un bananier, etc. Eux, ils vont sur la base d’un calcul qui ne saurait être un calcul agronomique de la rentabilité. Ils se limitent à la rentabilité d’une culture. Malheureusement, ils ont oublié tous les autres paramètres », a critiqué Martin Nguiema Ndongo.

Populations  autochtones ignorées

Dans le Dja-et Lobo, précisément à Mintom, les peuples autochtones sont victimes des projets d’envergure qui viennent déconstruire leur milieu de vie et rendent leurs conditions de vie davantage compliquées avec la rareté de la pharmacopée, les moyens de subsistance qui n’existent plus. Monsieur Nyangono Lerys, président de l’Association des jeunes autochtones du Cameroun (AJPAC), dénonce en outre,  l’accaparement de leurs terres par les agroindustriels, les exploitants, les concessionnaires. «En ce moment, on n’a pas une sécurité foncière. Profitant de notre vulnérabilité, on délocalise à tout moment, on arrive plus à faire des champs, on a plus nos sites sacrés, on exploite nos forêts. On a aussi la malchance que les forêts communautaires sont gérées par les populations voisines  qui ne nous accordent aucun intérêt. Nous sommes assujettis à l’autorité traditionnelle des voisins. Toutes les décisions sont prises sans notre consentement. Les populations autochtones Baka ne sont pas prises en charge. L’exploitation minière faite de manière sauvage, nous expose à plusieurs maux, à l’instar de la disparition de nos essences, nos sites sacrés dévastés, les animaux tombent dans les trous de 50m et meurent. Idem pour nos frères qui tombent et trouvent la mort », s’indigne Nyangono Lerys.

Doléances

Les projets de développement causent beaucoup de tort aux populations riveraines, raison pour laquelle, au travers du Centre pour l’Environnement et le Développement, les représentants des communautés font un plaidoyer pour que cette situation change. Justement par le truchement d’une meilleure prise en compte des besoins des populations riveraines, indépendamment de l’expansion des projets. L’enjeu ici est de garantir la portée économique des projets et le bien-être des riverains qui doivent être, en principe les premiers bénéficiaires des retombées. Les représentants communautaires font chorus et appellent à faire des réformes qui protègent les populations riveraines. « Nous voulons que les changements commencent par les instruments qui sont les lois, les règlements, les textes. La compensation doit être à la taille des choses détruites, une étude d’impact doit être faite chaque fois qu’on doit réaliser un projet, une implication plus forte des communautés dans la gestion des forêts », a souhaité Michel Meyebe.

Pour Martin Biyong, Directeur exécutif du Centre pour le Développement Local Alternatif (CEDLA), les communautés sont suffisamment menacées, ce qui entraîne plusieurs dégâts matériels. << Sur le plan environnemental, ce sont de vastes terres qui sont concédées et on perd tout ce que nous appelons moyens de subsistance. Nous vivons en insécurité du fait du flux des populations qui s’installent, au point où les populations apeurées, les femmes ne vont plus librement dans les champs » a-t-il expliqué.

Autant le dire, la question de la prise en compte des droits des populations riveraines aux grands projets est crucial et mérite d’être adressé afin de provoquer une prise de conscience et par la suite une remédiation. Le CED a eu le mérite de réunir les représentants des communautés riveraines aux grands projets de la région de l’Est, de l’Adamaoua, du Dja et Lobo, de l’Océan, de la Sanaga Maritime.
                                                                                  Suzanne MAAH        

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