Pour la première fois de son histoire, le Cameroun a abrité la 54ᵉ réunion du Conseil d’administration de la Fondation International Cocoa Initiative (ICI), couplée à celle de ses partenaires institutionnels. Tenues le 3 novembre 2026, ces assises ont réuni les pouvoirs publics, les acteurs de l’industrie cacaoyère, les organisations internationales et les partenaires techniques et financiers autour d’un impératif commun : bâtir une filière cacao responsable et durable, respectueuse des droits humains et particulièrement protectrice des enfants.

Une première historique pour le Cameroun

Yaoundé est devenu, le carrefour international de la réflexion sur l’avenir de la filière cacao. Un événement d’envergure qui traduit la reconnaissance des efforts du pays en matière de lutte contre le travail des enfants et de promotion d’une cacaoculture durable.
La tenue de cette rencontre dans la capitale camerounaise fait suite à une résolution prise environ un an plus tôt, à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire où le Cameroun avait alors été défendue avec détermination par la délégation nationale conduite par Michael Ndoping, Directeur général de l’Office National du Cacao et du Café (ONCC).
Autour de la table, plusieurs acteurs majeurs de la chaîne de valeur : la Direction Afrique de la Fondation ICI, la Délégation de l’Union européenne, les représentants du ministère des Relations extérieures (MINREX), du ministère du Travail et de la Sécurité sociale (MINTSS), du Bureau international du Travail (BIT), du Conseil interprofessionnel du cacao et du café, ainsi que les partenaires techniques et financiers.

Placée sous le thème « Transformer les défis sociaux en opportunités de partenariat pour une filière cacao responsable et durable au Cameroun », cette rencontre ambitionne de renforcer la connaissance du mandat de la Fondation ICI dans le pays et de définir des axes concrets de collaboration autour de la diligence raisonnable et des droits humains.
La durabilité, un impératif pour l’avenir de la filière
Au Cameroun, le cacao représente bien plus qu’une culture de rente. Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), la filière contribue à hauteur de 1,2 % au produit intérieur brut national et de 8,2 % au PIB agricole. Elle constitue surtout une source essentielle de revenus, d’emplois et de moyens de subsistance pour des millions de personnes.
Cette importance économique et sociale impose cependant de relever plusieurs défis. La pauvreté des ménages producteurs, l’insuffisance des revenus, le travail forcé, le travail des enfants et la dégradation des ressources naturelles continuent de fragiliser la chaîne d’approvisionnement.
À ces difficultés s’ajoutent les exigences croissantes des marchés internationaux, notamment européens, en matière de traçabilité, de lutte contre la déforestation, de diligence raisonnable et de respect des droits humains. Le Cameroun doit ainsi accélérer sa mise en conformité avec les standards internationaux, notamment les Objectifs de développement durable et les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.
Sur le plan national, les efforts du Gouvernement ont été salués, particulièrement l’élaboration et la mise en œuvre du Plan d’action national pour l’élimination des pires formes de travail des enfants (PANETEC), ainsi que l’identification et l’encadrement des travaux dangereux dans l’agriculture commerciale.
Travail des enfants : entre réalités sociales et responsabilité collective
La question du travail des enfants demeure l’un des principaux défis auxquels la filière cacaoyère est confrontée. Derrière ce phénomène se trouvent des réalités socioéconomiques complexes : pauvreté des familles, accès insuffisant à l’éducation et aux services sociaux de base, mais également manque de main-d’œuvre adulte dans certaines communautés rurales.
Pour Matthias Lange, Directeur exécutif de la Fondation ICI, la réponse à cette problématique doit reposer sur une compréhension partagée des causes et sur une mobilisation de l’ensemble des acteurs.
Il souligne notamment que les difficultés rencontrées par les producteurs peuvent conduire certains ménages à solliciter la participation de leurs enfants aux activités agricoles afin de faire face à la charge de travail. Une situation qui appelle des réponses adaptées, fondées sur la responsabilité collective.
Le responsable de ICI insiste toutefois sur la nécessité de distinguer la participation des enfants à certaines activités familiales, dans des conditions adaptées à leur âge, des formes de travail qui compromettent leur santé, leur sécurité, leur développement et leur scolarisation.
En effet, la contribution des enfants à des tâches légères et non dangereuses peut participer à la transmission intergénérationnelle des connaissances agricoles. En revanche, leur exposition aux travaux dangereux, notamment à la manipulation de produits phytosanitaires nocifs, constitue une menace pour leur santé et leur développement.
À ce sujet, Matthias Lange rappelle que la définition des travaux dangereux relève des réalités et des cadres réglementaires propres à chaque pays. Le Cameroun a ainsi engagé un processus de renforcement de son dispositif national, avec l’actualisation de la liste des travaux dangereux et la mise en œuvre du PANETEC.
Selon la Fondation ICI, la lutte contre le travail des enfants ne saurait donc se limiter à des mesures de surveillance et de sanction. Elle nécessite également un accompagnement des familles, des ménages et des communautés vulnérables.
Le Gouvernement doit agir sur le cadre institutionnel, les politiques nationales et l’accès aux services sociaux. De leur côté, les entreprises de la filière ont la responsabilité de mettre en place des mécanismes efficaces de détection, de prévention, d’identification et de remédiation des cas de travail des enfants au sein de leurs chaînes d’approvisionnement.
Une feuille de route commune pour passer des engagements aux actions
Au-delà des échanges et des constats, la 54ᵉ réunion du Conseil d’administration de la Fondation ICI à Yaoundé porte une ambition majeure : faire émerger une feuille de route consensuelle pour une filière cacao camerounaise plus responsable, durable et conforme aux exigences du marché international.
Il s’agit désormais de dépasser les initiatives isolées pour construire un cadre de collaboration dans lequel chaque partie prenante assumera clairement ses responsabilités. L’État dans la protection des droits et le renforcement des politiques publiques, les entreprises dans le respect des droits humains et l’amélioration des pratiques au sein des chaînes d’approvisionnement, et les organisations de la société civile dans l’accompagnement des communautés et le suivi des engagements.
La feuille de route attendue devra ainsi définir des priorités d’intervention, des mécanismes de coordination et des responsabilités clairement réparties entre les différents acteurs.
Des échanges autour de quatre axes stratégiques
Pour traduire ces ambitions en actions concrètes, les travaux de Yaoundé s’articulent autour de quatre principaux axes de réflexion. Les participants se penchent notamment sur l’état des lieux de la filière cacao camerounaise, ses défis, ses enjeux et ses perspectives de durabilité. Une réflexion qui prend en compte aussi bien les conditions de vie des producteurs que la préservation des ressources naturelles et la compétitivité de la production nationale.
Les discussions ont également portées sur les évolutions des politiques européennes relatives à la diligence raisonnable des entreprises en matière de droits humains. Un enjeu majeur pour les opérateurs de la filière, appelés à adapter leurs pratiques aux nouvelles exigences des marchés internationaux, particulièrement celui de l’Union européenne.
Autre point essentiel : l’examen de la législation camerounaise et des engagements internationaux du pays en matière de protection des droits humains et des droits de l’enfant. Il s’agit de consolider les acquis réglementaires et institutionnels tout en identifiant les mécanismes susceptibles de renforcer leur application sur le terrain.
Enfin, les participants accordent une attention particulière au renforcement des partenariats pour prévenir et combattre le travail des enfants et le travail forcé dans la chaîne d’approvisionnement du cacao. Une démarche qui implique une meilleure coordination entre les pouvoirs publics, les entreprises, les organisations internationales, la société civile et les communautés productrices.
L’enjeu central est de faire du partenariat un véritable levier d’action collective, capable de mieux protéger les enfants et les adultes, de renforcer la résilience des communautés productrices et de soutenir durablement l’avenir de la filière cacao camerounaise.

Suzanne Maah

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