Agroforesterie, éducation, état civil et gouvernance participative : autour de la Réserve de Faune du Dja, plusieurs initiatives renforcent progressivement l’implication des populations autochtones dans la préservation d’un patrimoine mondial dont elles dépendent directement.
À Lomié, dans la région de l’Est, la conservation de la Réserve de Faune du Dja prend une nouvelle dimension. Longtemps peu associées aux mécanismes de gestion du site, les communautés autochtones participent désormais à l’élaboration des rapports sur l’état de conservation et à la mise en œuvre des actions destinées à préserver ce patrimoine classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
L’agroforesterie pour rapprocher les PFNL des communautés
L’une des principales actions engagées concerne l’agroforesterie. Face à l’éloignement progressif des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL), conséquence notamment de l’exploitation abusive des ressources forestières, une opération de reboisement a été mise en place.
Avec l’appui financier du gouvernement norvégien et l’accompagnement de l’UNESCO, 8 à 9 hectares consacrés aux PFNL ont ainsi été reboisés. L’objectif est de rapprocher à nouveau ces ressources des communautés et de contribuer à la réduction de la pression exercée sur la forêt.
50 enfants autochtones bénéficient chaque année de bourses
L’éducation constitue un autre axe d’intervention. Dans la zone de Lomié, où la scolarisation des enfants autochtones demeure un défi, 50 enfants bénéficient chaque année d’une bourse d’études.
Le programme bénéficie du financement de l’Union européenne et de l’appui de l’UNESCO. Il vise à favoriser l’accès et le maintien des enfants autochtones dans le système éducatif.
L’état civil, un défi majeur
L’accès aux documents d’identité reste toutefois l’un des principaux obstacles à l’exercice des droits fondamentaux. Selon les données communiquées dans le cadre du projet, près de 95 % des membres des communautés ciblées ne disposaient pas de documents d’état civil.
Une campagne d’établissement des actes de naissance a donc été engagée. Quelque 150 actes ont déjà été établis entre l’année dernière et cette année. La prochaine étape prévoit l’organisation d’une opération dédiée à l’établissement des Cartes Nationales d’Identité dans le secteur Est de Lomié.
La campagne cible à 75 % les communautés autochtones et à 25 % les communautés bantoues vulnérables.
De Lomié à Nki, Lobéké et Boumba-Bek : vers une gouvernance plus inclusive
La dynamique ne se limite pas à la Réserve de Faune du Dja. Une évaluation de la gouvernance est également en cours autour d’autres biens naturels du patrimoine mondial, notamment Nki, Lobéké et Boumba-Bek.
L’initiative bénéficie d’un appui financier de l’Union européenne, d’un accompagnement technique de l’UICN et est mise en œuvre par AJPAC, dans le cadre du projet mentionné par les responsables.
L’ambition est de mieux prendre en compte les communautés locales et autochtones dans les mécanismes de conservation et de gestion de ces espaces naturels.
À travers ces différentes initiatives, la conservation du Dja tend ainsi à s’appuyer davantage sur les populations qui vivent à ses côtés. Une approche qui associe protection de la biodiversité, accès aux droits fondamentaux et amélioration des conditions de vie.
Réaction
Lerys Nyangon, président de l’AJPAC, Représentant des communautés autochtones autour de la Réserve de Faune du Dja,
Les Autochtones qui sont autour de la Réserve de Faune du Dja ont eu la chance d’être reconnus comme parties prenantes et depuis l’année dernière, on participe à l’élaboration des rapports et à la mise en œuvre des services qui militent pour la conservation de ce patrimoine mondial de l’UNESCO. En ce qui concerne les activités positives que nous avons effectuées autour de cette réserve de faune du Dja en faveur non seulement des communautés autochtones et des communautés locales, et aussi avec nos efforts de conservation, on peut citer entre autres : la réalisation de l’agroforesterie qui était basée sur le mini-reboisement des produits forestiers non ligneux avec l’appui financier du gouvernement norvégien. L’an dernier également, on a reboisé pratiquement huit hectares de produits forestiers non ligneux parce qu’on a constaté que les populations autochtones se plaignent aujourd’hui de l’éloignement des produits forestiers non ligneux avec l’exploitation abusive de nos forêts. Et avec l’appui de l’UNESCO, l’on a eu la chance de mettre en œuvre cette agroforesterie qui nous a permis de reboiser pratiquement huit à neuf hectares. Ensuite, on a constaté une faible participation éducative de la communauté autochtone du côté de Lomié, un peu partout mais l’accent a été mis au niveau de Lomié avec l’appui de l’UNESCO et le financement de l’Union européenne, on encadre les enfants 50 chaque année qui bénéficient de bourses d’études pour l’encadrement. On a ause volet citoyenneté. On s’est rendu compte qu’au trop 5% des communautés autour de ces réserves n’ont pas de carte nationale, ni d’actes de naissance, ce qui constitue un frein pour jouir de tous leurs droits qui leur sont reconnus par les textes. Il fallait donc mettre un accent sur l’établissement des actes de naissance, ce qu’on a fait l’année dernière et cette année, nous sommes pratiquement à 150 actes de naissance à date et dans les prochaines semaines, on envisage l’établissement des cartes nationales d’identité autour de la réserve de faune du Dja, secteur Est de Lomié. La cible était non seulement les populations autochtones, mais on a aussi constaté que les populations Bantou souffrent parfois d’une double vulnérabilité, plus que certains autochtones. Donc il était question de leur aider aussi soit 25% pour les Bantous et 75% pour les communautés autochtones. En dehors de ça, on est en train de faire une évaluation de la gouvernance non seulement autour de la réserve de faune du Dja mais aussi dans d’autres patrimoines mondiaux tels que Nki, Lobéké, Boumba-Bek et autres. C’est toujours avec l’appui financier de l’Union européenne envers AGIPAC et aussi l’appui technique de l’UICN.
Nous ne cesserons de remercier l’UNESCO et l’Union européenne qui constituent vraiment des partenaires stratégiques pour les populations non seulement autochtones, mais les populations au niveau local qui bénéficient de leur encouragement à sécuriser ce patrimoine mondial qui est commun à toute l’humanité, avec un point d’honneur sur les populations autochtones qui dépendent naturellement et intrinsèquement de ce site.
Louis Arthur Efila