Éditorial du 15 Août 2026 signé par le Capitaine de Vaisseau Cyrille Atonfack Guemo, DIVCOM-MINDEF.
Alors qu’elle marque le recouvrement de l’opposition la pleine souveraineté juridique et physique du Cameroun sur la Péninsule de Bakassi, la journée du 14 août a été érigée en Journée du Souvenir. Point de parades militaires grandioses pour célébrer une victoire pourtant obtenue de haute lutte. SPoint de discours tonitruants sur la puissance de ses armes et la détermination de notre pays à défendre son droit. Cela se fait sous d’autres cieux, avec force étalage des arsenaux, dans un esprit de rivalité géopolitique et géostratégique. Le Cameroun a fait le choix de la sobriété et du recueillement. Au nom de la paix.
La paix comme ultime couronnement des immenses efforts déployés et parfois, de l’incommensurable sacrifice des centaines de nos militaires, gendarmes et policiers de tous les temps et générations, depuis les vénérables combattants de la liberté et de l’unité de notre chère Patrie, jusqu’aux actuels défenseurs de l’intangibilité de nos frontières. Souvent, au détour de multiples batailles soldées par les coups du sort. Sous toutes les latitudes du triangle national, des tropiques au Sahel. Dans la moiteur étouffante de la forêt équatoriale. À travers le relief tourmenté de la montagne. Sous les rayons brûlants du soleil de la savane.
La paix pour les milliers de nos compatriotes civils, victimes innocentes de la folie meurtrière de nos ennemis. De paisibles citoyens de tous les âges et conditions attaqués, malmenés, dépouillés, assassinés. Des familles entières disloquées et obligées de chercher refuge ailleurs, sans pour autant renoncer à leurs intimes convictions patriotiques. Des orphelins par centaines, qui n’ont désormais pour pilier que la solidarité nationale.
À Bakassi ce jeudi 14 août 2008, le soulagement se lit sur tous les visages. Alors que le drapeau du Cameroun s’élève fièrement au ciel de la péninsule jadis disputée, la trompette ne sonne pas la victoire, mais plutôt la fin d’une tragédie, entre des peuples frères et voisins qui ont décidé de substituer la justice et la collaboration fructueuse au fait accompli, source de ruineuse confrontation. S’il a fallu du temps et du sang pour y parvenir, l’essentiel demeure que des deux côtés, l’on aura transcendé les orgueils et les appétits.
Près de deux décennies plus tard, la même thérapie peut avoir les mêmes résultats sur nos dissensions internes. Au moment où les jeunes et les moins jeunes ont ensemble ravivé la flamme de l’abnégation et du dévouement des nôtres, comment leur témoigner reconnaissance et gratitude, comment honorer leur vertueuse mémoire, autrement qu’en faisant taire les armes de la mort ?
Le 14 août est certes une occasion de commémoration et d’exaltation de nos héroïsmes passés, car comme l’a dit un contemporain que nous citerons, « Une nation qui oublie ceux qui l’ont servie risque d’oublier le prix de sa paix ». Fin de citation. Mais le 14 août, c’est aussi un tremplin de projection vers des lendemains dénués de tout aventurisme belligène. Pour donner tout son sens au Souvenir, pour laisser sa chance à l’avenir, œuvrons tous ensemble à construire la paix. La paix des vivants.
Sachons rester patriotes,
Sachons demeurer vigilants,
Faisons le choix d’aimer définitivement le Cameroun. /-