C’est le sens à donner à la réunion de cadrage de l’étude sur l’industrialisation de la filière bois organisée à Yaoundé les 29 et 30 juillet 2026.
La Commission économique pour l’Afrique (CEA) a ouvert, mercredi, le chantier d’une initiative qui permettra de tracer une feuille de route d’actions concrètes et de réformes tangibles pour faire du bassin du Congo un moteur industriel. L’ambition est portée au travers d’une étude sur l’industrialisation de la filière bois en Afrique centrale, dont la réunion de cadrage de Yaoundé a constitué le premier acte. La suite du processus comprend des consultations nationales, des travaux d’experts et, à terme, une validation régionale.

L’étude susmentionnée s’adosse à la décision des chefs d’État d’interdire l’exportation des grumes, afin de faire de ce massif forestier un levier de transformation structurelle, de création d’emplois et d’intégration régionale. Elle marque cependant une rupture, dans ses visées, avec la kyrielle d’études tous azimuts existantes. « Il y a eu des études de référence, il y a eu des études diagnostiques, mais c’étaient jusque-là soit des études sur la vision, soit des études techniques. Nous cherchons maintenant à faire des études pratiques, des études concrètes, qui montrent clairement comment ajouter de la valeur, comment créer, comment passer à une économie de transformation sur place de nos matières premières. Et le bois est aujourd’hui le premier test. Donc il faut que cette expérience soit une réussite, parce que si elle n’aboutit pas ou ne réussit pas, elle fermera la porte à toutes les autres initiatives qui pourraient venir, c’est-à-dire : comment transformer le cobalt sur place, comment transformer le cuivre sur place, comment transformer la banane sur place », déclare Adama Ekberg Coulibaly, économiste en chef du Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale de la CEA.
Le paradoxe de l’Afrique centrale
L’Afrique centrale abrite près de 30 % des forêts tropicales africaines, soit plus de 200 millions d’hectares. Deuxième massif tropical mondial, ce capital vert représente un atout majeur non seulement pour la préservation de la biodiversité mondiale et la lutte contre le changement climatique, mais également pour la croissance économique et les moyens de subsistance de millions de nos concitoyens.
L’abondance de cette ressource ne se traduit cependant pas encore en richesse pour le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et la République démocratique du Congo. La filière bois n’y représente qu’entre 0,3 % et 4,9 % du PIB des pays de la sous-région, avec 1 à 2 % seulement de transformation locale. Résultat : 200 000 emplois directs et indirects. L’on y reste loin du potentiel réel.
« Il ne s’agit plus d’exporter le bois pour enrichir les autres. Il s’agit maintenant de nous engager résolument dans une approche de transformation, de chaînes de valeur et de mise en place aussi de zones économiques spéciales, à l’exemple de la Zone économique spéciale de Nkok, pour désormais transformer sur place, créer la richesse, créer la valeur. Donc c’est une nouvelle économie que nous voulons encourager pour créer des emplois pour nos jeunes, pour nos femmes, pour nos communautés rurales. Quand vous prenez, par exemple, la firme que vous connaissez, IKEA, elle génère près de 85 milliards de dollars chaque année, seulement à partir du bois. 85 milliards de dollars. Donc quand vous multipliez 85 milliards de dollars par 600 FCFA, vous voyez un peu : rien qu’à partir du bois, nous pouvons déjà industrialiser nos économies », souligne l’économiste.
Les difficultés restent nombreuses à ce jour et augurent un vaste chantier de réformes à entreprendre pour passer à la concrétisation de la vision des chefs d’État. Il s’agit, entre autres, des infrastructures industrielles et logistiques insuffisantes; des contraintes énergétiques pesant sur la compétitivité; du déficit de financement des infrastructures africaines estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an. À cela s’ajoute un déficit de certification qui concerne près de 80 % de la production forestière.
Par Louise Nsana