Le 1er septembre 2026 à Binguela, la CAPEF a signé deux accords stratégiques avec l’Université Fédérale du Pará (UFPA). Derrière cette signature, c’est tout le modèle agricole brésilien, l’un des plus performants au monde qui s’ouvre au Cameroun.
Pourquoi le Brésil ? Parce que le Brésil est aujourd’hui le laboratoire agricole le plus fascinant de la planète. Parti d’une agriculture de subsistance il y a 50 ans, il est devenu le 1er producteur mondial de soja, de café, de sucre, de jus d’orange et le 2ème de viande bovine. Une révolution que le Cameroun veut s’approprier, non pas en copiant, mais en adaptant le modèle requit. Et c’est tout le sens des deux accords-cadres signés à l’École Pratique d’Agriculture de Binguela (EPAB) entre la Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Élevage et des Forêts du Cameroun (CAPEF) et l’Université Fédérale du Pará (UFPA).
Une expertise qui parle au Cameroun
Le choix de l’UFPA n’est pas anodin. L’Université Fédérale du Pará est située au cœur de l’Amazonie. Elle gère au quotidien le même défi que le Cameroun : comment produire plus sans détruire la forêt ? Comment valoriser le bois, développer une aquaculture durable et nourrir une population avec une agriculture tropicale ?
C’est cette expertise tropicale, concrète et applicable, que la CAPEF est allée chercher.

EPABA d’Ambam bientôt le centre de référence Bois-Agriculture
Le premier accord lie l’École Pratique d’Agriculture et de Bois d’Ambam (EPABA) à l’UFPA. Ce que le Brésil va apporter :
– La technologie de transformation du bois : Le Brésil est leader dans la valorisation des essences tropicales, le séchage, la deuxième transformation et la certification. L’EPABA va bénéficier de ce transfert pour former des menuisiers et ébénistes de haut niveau, capables de produire des meubles exportables au lieu d’exporter des grumes.
– L’agroforesterie : Le modèle brésilien d’association agriculture et forêt pour régénérer les sols. Une réponse directe à la baisse de fertilité dans le Sud Cameroun.
– La formation de formateurs : Des enseignants brésiliens viendront à Ambam, et des formateurs camerounais iront se spécialiser au Pará. Des échanges d’étudiants sont également prévus.
CADAHC et EPAB s’attaquent à la sécurité alimentaire avec le modèle brésilien
Le second accord, tripartite entre le Centre d’Amélioration et de Développement des Activités Halieutiques (CADAHC), l’EPAB et l’UFPA, est le plus stratégique pour le panier de la ménagère. À travers ce partenariat, le Brésil va apporter :
– En Pisciculture et Aquaculture : Le Brésil a multiplié sa production de tilapia par 10 en 15 ans grâce à des techniques d’élevage intensif en cage, de production d’alevins et d’aliments à base locale. Le CADAHC, basé à Binguela, va recevoir ces protocoles pour réduire les importations de poisson qui coûtent plus de 150 milliards FCFA au Cameroun chaque année.
– En Élevage et Agro-pastoral : Le Brésil est le maître de l’élevage bovin en zone tropicale humide, avec des races adaptées et des techniques de pâturage tournant. Une expertise cruciale pour la région de l’Adamaoua et de l’Est.
– En Recherche Appliquée : Il ne s’agit pas de théorie. Les accords prévoient des projets conjoints sur le terrain : essais de nouvelles variétés de manioc plus productives, techniques de conservation, production d’aliments pour bétail à partir de sous-produits locaux.
Au-delà de la signature, le Brésil va faire de l’agriculteur camerounais un entrepreneur. Martin Paul Mindjos Momeny, Président de la CAPEF revient sur ces accords ”Nous sommes convaincus que les échanges entre nos institutions respectives, permettront d’identifier de nombreux autres projets de coopération, en lien notamment avec les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la foresterie, de la pêche et l’aquaculture, de la transformation agroalimentaire et de l’innovation. Dans ce schéma, nous saluons l’ambition commune, qui est de favoriser davantage la mobilité des jeunes apprenants, mais aussi des experts, des chercheurs, des formateurs”.

Concrètement, un jeune formé à l’EPAB de Binguela ou d’Ambam ne recevra plus seulement un diplôme camerounais. Il bénéficiera d’un cursus enrichi des méthodes brésiliennes, d’un accès à des technologies éprouvées sous climat tropical et d’un réseau international.
La cérémonie de signature, précédée de la présentation des missions du CADAHC et de l’EPAB, a permis aux deux parties d’identifier les premiers chantiers prioritaires. La prochaine étape est désormais opérationnelle : mise en place des comités mixtes, calendrier des premiers échanges d’experts et lancement des premiers projets de recherche conjoints dès le dernier trimestre 2026.
Avec ce partenariat, la CAPEF ne signe pas seulement deux accords. Elle importe le savoir-faire d’un géant agricole pour bâtir l’agriculture de seconde génération du Cameroun.
Suzanne Maah