Ce n’est plus de la simple diplomatie. Reçue le 9 septembre 2026 à Yaoundé par le Ministre Achille Bassilekin III, la délégation de S.E. Mohamed Karim Fouad Sharif, Ambassadeur d’Égypte au Cameroun est venue avec une offre concrète : partager les recettes qui ont fait de l’Égypte le 2e écosystème start-up le plus financé d’Afrique et son savoir-faire industriel dans le cuir. Au cœur du deal : l’argent, la technologie et la formation.
Pendant longtemps, la coopération Cameroun-Égypte s’est résumée à des poignées de main. Ce 9 septembre au MINPMEESA, on est passé aux choses sérieuses. Le message du Caire est clair : Nous avons l’expertise, vous avez le potentiel. Transformons-le en business .
Trois chantiers concrets ont été mis sur la table, qui pourraient changer la donne pour des milliers de jeunes entrepreneurs camerounais.
Financement
C’est le point qui a le plus retenu l’attention du Ministre Bassilekin III. En 2024-2025, les start-up égyptiennes ont levé plus de 600 millions de dollars, contre moins de 50 millions pour l’ensemble de l’écosystème camerounais. La délégation égyptienne a détaillé son modèle, que le Cameroun veut désormais dupliquer à travers :
- Le guichet unique de financement. L’Égypte a centralisé via son Agence de développement des MPME (MSMEDA) des lignes de crédit à taux bonifiés, des fonds de garantie et un accès direct aux bailleurs internationaux (BAD, Banque Mondiale).
- Le fonds de fonds : Le Caire a créé un mécanisme où l’État apporte 30% du capital et attire 70% de capitaux privés internationaux pour financer les start-up tech. C’est ce mécanisme que le MINPMEESA veut importer pour les pépites du numérique camerounais.
- Le partage de la Stratégie MPME 2030 : L’Égypte s’est engagée à mettre à disposition du Cameroun sa feuille de route complète : cadre réglementaire, incubateurs labellisés, fiscalité incitative pour les business angels.
Pour une start-up camerounaise de Yaoundé qui développe une appli de paiement ou d’agri-tech, cela pourrait signifier demain un accès à des tickets de 50 000 à 500 000 dollars, aujourd’hui quasi-inaccessibles.
Transfert de technologies
Pour rendre tout cela opérationnel, les deux parties ont convenu de s’appuyer sur l’Agence Égyptienne du Partenariat pour le Développement (AEPD).
Créée pour remplacer le Fonds égyptien pour la coopération technique avec l’Afrique, l’AEPD n’est pas une agence de discours. Elle opère avec :
- Des programmes de formation de 3 à 6 mois en Égypte pour 50 entrepreneurs camerounais par an dans les domaines du management, du lean manufacturing et du e-commerce.
- Des bourses d’immersion dans les zones industrielles du Caire et d’Alexandrie.
- L’envoi d’experts égyptiens au Cameroun pour auditer et moderniser les chaînes de production des PME.
C’est du transfert de compétences Nord-Sud, mais 100% africain.
Le Cuir, projet plus symbolique et plus rentable

C’est le dossier le plus ancien et le plus attendu. Le Cameroun possède l’un des cheptels les plus importants d’Afrique centrale, mais exporte ses peaux brutes à vil prix et importe des chaussures et sacs à prix d’or.
Dans le même sillage, un Centre National de Formation aux Métiers du Cuir, co-construit avec l’Égypte, qui est aujourd’hui le leader continental du cuir fini. Concrètement :
- Formation de tanneurs, maroquiniers, cordonniers industriels.
- Transfert de technologies de tannage écologique (sans chrome) et de machines de découpe automatisée.
- Création d’une chaîne de valeur locale : de la peau du Nord-Cameroun au sac “Made in Cameroon” vendu à El Alamein.
Ce centre serait adossé au futur accord de coopération sur l’artisanat que les deux pays veulent signer. Un accord qui va encadrer la certification des produits, la protection des indications géographiques et l’accès des artisans camerounais aux plateformes de vente égyptiennes qui distribuent dans tout le Moyen-Orient.
Son Excellence Sharif a annoncé la tenue d’un Forum d’affaires égypto-camerounais dédié aux PME au Caire dans les prochaines semaines; une invitation officielle pour une forte délégation de PME camerounaises au Forum africain des affaires d’octobre 2026 à El Alamein. C’est là-bas, face à des investisseurs égyptiens, saoudiens et émiratis, que les premiers contrats B2B et B2G devront être signé. « Le Cameroun est une terre d’opportunités. Nous partageons les mêmes défis » a conclu l’hôte du MINPMEESA.
Pour Achille BASSILEKIN III, l’équation est simple, si l’expertise égyptienne en financement et le savoir-faire en cuir rencontrent le potentiel entrepreneurial camerounais, le partenariat pourrait créer des milliers d’emplois qualifiés.
By Suzanne Maah