À l’occasion de la 7e Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques , célébrée ce 9 septembre 2026, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) met en lumière une réalité bouleversante malgré les balles, les incendies et les enlèvements , l’école résiste grâce à la résilience des communautés. Un thème fort choisi par l’UNESCO : L’éducation peut-elle survivre aux attaques ? La résilience des communautés humaines.
L’éducation, bien public mondial en sursis
Le Dictionnaire de l’Académie française l’a définit comme l’action d’élever, de former, d’instruire une personne en cultivant ses qualités physiques, intellectuelles et morale . L’UNESCO, elle, l’a érigée au rang de bien public mondial et de droit constitutionnel intangible . Au Cameroun, ce droit est attaqué au quotidien. Dans son communiqué du 9 septembre 2026, la CDHC déplore avec fermeté la persistance des exactions perpétrées par des groupes armés non étatiques et groupes terroristes au préjudice des apprenants, des enseignants et du personnel d’appui, avec destruction des infrastructures éducatives. Les régions les plus touchées restent l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Quand le tableau noir devient un acte de résistance
C’est tout le sens du thème de l’édition 2026. La résilience, ce n’est pas un mot abstrait. Ce sont : des enseignants qui enseignent sous les arbres quand leur école a été brûlée à Bamenda ou à Kolofata. Des maîtres qui continuent de dispenser les cours dans des salles de fortune, au risque de leur vie; des parents qui font le guet. Dans de nombreux villages du NOSO, ce sont les comités de vigilance communautaires, les parents eux-mêmes, qui sécurisent les chemins de l’école et les établissements; des enfants qui marchent 10 km pour apprendre. Malgré la peur de l’enlèvement, malgré les menaces des groupes séparatistes interdisant l’école, des milliers d’enfants continuent de réclamer le droit d’apprendre. Cette soif d’éducation est la plus belle forme de résilience.
La CDHC le souligne : cette capacité des communautés à faire face, à assurer la continuité des apprentissages et à contribuer à la reconstruction du tissu social est le véritable rempart contre l’obscurantisme.
La Commission révèle un pan sombre et souvent ignoré , celui de la monétisation de la terreur. Entre le 10 septembre 2025 et le 8 septembre 2026, au moins quatre épisodes d’enlèvements ont touché neuf membres du personnel éducatif, assortis de demandes de rançon d’un montant cumulé supérieur à 77 millions de francs CFA. Enseigner est devenu une activité à risque monnayable pour les groupes armés. C’est une attaque directe contre l’avenir de la Nation.
L’arsenal juridique existe mais peine à s’appliquer
La CDHC pointe du doigt le défi structurel de la mise en œuvre de la Résolution 2601 (2021) du Conseil de Sécurité de l’ONU. Ce texte majeur exige pourtant :
•La prévention des attaques contre les écoles
- La préservation de leur caractère civil (ne jamais les utiliser à des fins militaires)
- La protection des apprenants et du personnel
- La collecte de données sur les attaques
- La poursuite judiciaire des auteurs
La CDHC appelle à déposer les armes
Sur les 220 recommandations acceptées par le Cameroun lors de son passage au 4e cycle de l’Examen Périodique Universel (EPU) le 26 mars 2024, six concernent précisément cette protection. La CDHC indique les avoir ventilées aux administrations et à la société civile.
La Commission lance deux appels directs :
Au CNDDR (Comité National de Désarmement, Démobilisation et Réintégration) : renforcer les actions d’information et de sensibilisation pour accélérer le dépôt volontaire des armes et la réintégration socio-économique des ex-combattants, dans le respect de la sécurité et de la justice.
Aux groupes terroristes sécessionnistes et à Boko Haram :
- Cesser immédiatement et définitivement toute hostilité contre le corps enseignant, les apprenants et les Forces de Défense et de Sécurité qui les protègent.
- S’abstenir de toute destruction d’infrastructures éducatives.
- Déposer les armes sans délai et rejoindre massivement les centres du CNDDR pour bénéficier des programmes de resocialisation et de formation.
L’école ne mourra pas
La question posée par l’UNESCO – L’éducation peut-elle survivre aux attaques ? – trouve sa réponse au Cameroun dans le courage d’une institutrice de Buea qui rouvre sa classe, d’un parent de Mora qui accompagne ses enfants à l’école, d’une communauté qui reconstruit un toit brûlé . Oui, l’éducation peut survivre. Parce que la résilience des communautés humaines est plus forte que la terreur.
by Tjang Frida