En l’espace de sept mois, la société minière australienne Sundance Resources a perdu deux arbitrages face aux États d’Afrique centrale. Intégralement déboutée face à la République du Congo en décembre 2025, elle voit désormais plus de 93% de ses prétentions écartées face au Cameroun, aux termes de la sentence notifiée aux parties le 23 juillet 2026. Sur plus de 13 milliards de dollars réclamés aux deux États, ne subsiste qu’un reliquat contesté, que Yaoundé entend faire annuler.
Deux sentences, une même issue
Le 17 décembre 2025, la Cour internationale d’arbitrage de la CCI déboutait intégralement Sundance de la réclamation de 8 milliards de dollars qu’elle dirigeait contre la République du Congo, et la condamnait aux frais de la procédure. Sept mois plus tard, la sentence rendue dans le volet camerounais du litige écarte plus de 93 % des demandes : sur plus de 5 milliards de dollars réclamés, soit environ 3 000 milliards de FCFA, le montant résiduel retenu serait inférieur à 250 milliards de FCFA, et le gain manqué, cœur de la réclamation, a été rejeté à l’unanimité du tribunal.
Selon nos informations, la sentence congolaise, versée aux débats camerounais au début de l’année 2026, a pesé sur l’issue du dossier. Les deux États étaient défendus par le même conseil, le cabinet parisien Jeantet, artisan de la victoire de Brazzaville avant celle de Yaoundé.
Quinze années sans une première pierre
Titulaire d’un permis de recherches sur Mbalam en 2007, puis d’une convention minière en 2012, Sundance n’a jamais réuni les financements du projet. L’Accord de transition de 2015 le consigne dans ses propres considérants : les sociétés porteuses du projet « n’ont pas réussi à lever la dette et les capitaux requis ». Environ 450 millions de dollars ont pourtant été levés au fil des années, sans qu’un chantier voie le jour de part et d’autre de la frontière. Le 30 novembre 2020, la République du Congo retirait ses titres pour inaction. Quinze années durant, l’un des plus riches gisements de fer du continent est ainsi demeuré immobilisé.
Un reliquat sous la menace de l’annulation
Le reliquat camerounais présente une fragilité singulière : il indemnise des dépenses exposées entre 2006 et 2020, alors que l’Accord de transition, seul fondement contractuel des manquements retenus, n’est entré en vigueur qu’en juillet 2015. Une opinion dissidente jointe à la sentence consigne ce vice au sein même du tribunal : un préjudice ne saurait précéder son fait générateur, et la réparation accordée, qualifiée d’indue, heurte selon ses termes les exigences d’ordre public international. Selon nos sources, l’État du Cameroun portera le recours en annulation devant le juge du siège, à Paris, avec un objectif assumé : qu’aucune somme ne soit, à terme, versée.
Sur le terrain, la page se tourne
Pendant que la procédure s’achevait, le nouveau titulaire du permis, Cameroon Mining Company, engageait les travaux 18 mois après l’obtention de son titre et installait sur le site une usine de traitement de 10 hectares, désormais en cours de mise en service. Le contraste avec quinze années d’immobilisme résume l’affaire.
Après Brazzaville, Yaoundé adresse au marché un message limpide : les gisements africains ne resteront plus indéfiniment captifs de titulaires défaillants, et les États entendent désormais défendre, et gagner, leurs arbitrages.

Hure HAMADOU