Éditorial du 12 Septembre 2026, signé par le Capitaine de Vaisseau Cyrille Atonfack Guemo, DIVCOM-MINDEF.

Il fut une époque, même pas encore lointaine, où l’information, ce bien communément partagé, était une denrée de grande valeur parce qu’en dépit ou à cause de sa rareté, elle restait authentique, exacte, édifiante. Source de connaissance, ferment et guide de la réflexion, force de proposition, aide à la décision, exhausteur de cohésion, porte donnant sur l’épanouissement intégral de l’homme, l’information était avidement désirée, fébrilement recherchée, impatiemment attendue,chèrement acquise et précieusement conservée.  Dans les domiciles et les lieux de sociabilité, l’accès à une source d’information, notamment la référence à un numéro de journal, conférait une sorte de crédibilité au propos, de reconnaissance au rédacteur et de prestige au lecteur-débatteur. Dans les cercles intellectuels et les milieux de la recherche, les articles de presse suscitaient et entretenaient l’analyse sur des faits, ouvraient de nouvelles perspectives de compréhension et de projection, et consolidaient le travail des chercheurs, des politiques, des leaders sociaux, du citoyen avide de connaissance et d’ouverture, au point d’en être d’incontournables éléments de la bibliographie. Des générations de nos compatriotes ont forgé leur stature en grande partie grâce à l’art de la linguistique, de la sémantique et de la rhétorique qui faisait de chaque article de presse une véritable œuvre d’art en termes de style, de consistance, de pertinence et d’utilité. Les faits étaient relatés sans déformation, les idées émises avec une conviction assumée, l’argumentaire rigoureux et vigoureux sans verser dans l’outrance, et même les regards croisés se déclinaient dans le respect de la pluralité des opinions. 

Au milieu des périodes parfois tumultueuses de l’histoire sociopolitique qu’aura connue notre pays, la presse a remarquablement tenu son rôle de véhicule des courants de pensée, informant et sensibilisant l’opinion sur les problématiques prégnantes de l’heure, appelant tantôt à l’action citoyenne, tempérant d’un autre côté des ardeurs possiblement néfastes. Mais de quelque bord idéologique qu’elle se prévale, la presse est demeurée républicaine, civique et unitaire, principalement au cours des années de domination étrangère. Il convient peut-être de le rappeler, afin de le saluer une fois de plus, le rôle central de la presse dans la revendication indépendantiste et le maintien de l’unité territoriale de notre pays, au moment où des options d’assimilation et de partition étaient entrevues par les puissances administrantes. La presse parlait alors du Cameroun sous administration anglaise ou française, le message implicite étant celui de l’unité initiale et toujours immanente de cette entité territoriale. Un appel permanent et transpartisan au retour à cette situation première. En qualité de pendant indissociable de l’unicité du territoire, l’unité nationale elle aussi recevra les faveurs de la presse, cette dernière mettant résolument un point d’honneur à servir de caisse de résonance aux légitimes aspirations de communautés génétiquement, sociologiquement, culturellement et traditionnellement identiques, arbitrairement séparées au nom de subjectivités matérialistes de l’occupation étrangère. L’amplification du mouvement indépendantiste par la presse pèsera pour beaucoup dans l’indépendance et la réunification du Cameroun. La capacité de mobilisation de la presse sera plus tard mise au service de la sensibilisation des populations sur les notions de paix, de patriotisme, de travail, de coexistence pacifique entre communautés, entre autres, élevées au rang d’idéaux nationaux. Tout en dénonçant avec force les éventuelles dérives fonctionnelles ou morales, et sans pour autant s’attaquer à la personnalité des fautifs, la presse aura su exalter le mérite, à travers la reconnaissance du travail bien fait, l’incitation à la persévérance et la quête de l’excellence, de l’intégrité, du dévouement et de la conscience du bien public. 

De tout temps et en dépit des turpitudes qui ont émaillé le cours de son existence, la presse est restée plurielle, précédant, annonçant et accompagnant les mutations de notre société. Sa pluralité a été le précurseur du multipartisme démocratique. Cependant, de nos jours, l’on est en droit de s’interroger sur de bizarres et inacceptables mutations observées dans les évolutions plutôt récentes de ce quatrième pouvoir, dont l’avenir et le devenir s’annonçaient pourtant radieux. 

Dans les faits, qu’est-ce qui n’a pas ou n’aura pas bien fonctionné ???

En polarisant son discours jusqu’aux extrêmes, en colportant de fallacieuses imputations et insinuations, en laissant prospérer l’invective, la stigmatisation et l’ostracisme dans ses colonnes, la presse est en passe de devenir un instrument de division à la solde du repli identitaire, et pire, du repli communautaire. L’essor des canaux d’information libres et anonymes fragilise également l’assise de la presse qui, pour résister à la déferlante des réseaux sociaux, est tentée de verser dans l’allégation intrusive, dégradante et improbable, le fait divers aussi aliénant qu’inutile, avec un emploi forcé du conditionnel exonératoire de responsabilité. Une dilution consentie dans l’air du temps à l’origine de la désaffection du lectorat, dont les conséquences portent un lourd préjudice à la survie même de la presse. Car la crédibilité est la meilleure assurance-vie de la presse, le seul facteur duquel elle va tirer sa légitimité populaire et, partant, son autorité. Que serait en effet un pouvoir, le quatrième, dit-on, sans sa capacité à susciter et mobiliser les volontés, informer avec précision et sensibiliser de manière responsable, assumée et clairvoyante ?  À l’heure de la fausse nouvelle et du travestissement de la vérité, deux procédés de la guerre informationnelle, au moment où les discours communautaristes font florès, notre chère et brave presse se doit de revenir à ses fondamentaux éthiques et déontologiques. Et donc, à son rôle de vigie de la morale et d’éveilleur de la conscience collective.

Il ne se fait pas tard.

Sachons tous rester vigilants, sachons demeurer patriotes, sachons cultiver et partager l’amour de notre pays. /-

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